Vers plus de clémence pour les petits excès de vitesse ? L’opposition dénonce une manœuvre politique du gouvernement

Sur une route limitée à 80 km/h près de Bordeaux, le 9 janvier 2018. NICOLAS TUCAT / AFP

Officieusement évoquée par le ministère de l’Intérieur auprès de plusieurs journalistes, l’idée de ne pas déduire les points de permis pour les vitesses inférieures à 5 km/h de la limite de vitesse a provoqué, jeudi 26 mai, les premières réactions politiques. Nul doute qu’ils étaient attendus place Beauvau, où aucune décision n’a encore été prise sur la question, à deux semaines des élections législatives.

La porte-parole de La République en marche, Maud Bregeon, a confirmé jeudi matin à RMC que “rien n’a été fait pendant que nous parlons” et que le projet “s’inscrit dans une réflexion globale”. La piste explorée place Beauvau serait d’arrêter de décompter des points pour un “petit excès” tout en conservant les amendes, qui toucheraient 58% des 12,5 millions de contraventions envoyées pour excès de vitesse contrôlés par radars. L’un des objectifs est de réduire le nombre de fausses déclarations des conducteurs, dont certaines sont remplacées par un tiers pour éviter la perte de points sur la carte.

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Mais l’opposition y voit surtout un stratagème politique. Lors d’un déplacement en Seine-Maritime dans le cadre de la campagne des législatives, l’ancienne candidate du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen a rappelé à la presse qu’elle avait pris cette mesure dans le cadre de l’élection présidentielle. Mais “à chaque fois qu’Emmanuel Macron reprend une proposition que j’ai pu faire, il la fait pire” 20 km/h. Ce qui est sur la table, selon elle, est donc “un tout petit et tout petit cadeau”. “Faites attention aux promesses faites dans la quinzaine précédant l’élection car, en règle générale, elles ne sont pas tenues”, a également prévenu l’ancien candidat de l’Elysée.

“C’est le début de Noël”

Pour Jordan Bardella, président du RN et invité de la matinale de France 2 jeudi, “c’est Noël en avance” de la part du gouvernement. “C’est toujours formidable, les périodes électorales”, a-t-il dit, avant de remarquer : “Nous avons été les premiers dans la vie politique (…) à exiger la fin du permis à points, en expliquant que les motards n’étaient pas des vaches à fric. “S’il est favorable à cette mesure, alors, dans le domaine de l’automobile, la priorité est évidemment de réduire les taxes sur l’essence”, a-t-il déclaré.

Le président républicain Christian Jacob a également estimé que “supprimer les retraits de petits points est plutôt une bonne chose qui va dans le bon sens”. Pour autant, “l’amende doit être maintenue absolument, sinon il n’y a pas de limite”, a-t-il déclaré à RTL, avant de calculer que “comme on est en période électorale, on peut avoir un doute sur les publicités”. Avec le président Emmanuel Macron, “nous avons connu beaucoup d’écarts” entre “les paroles et les actes”, a-t-il dit.

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Les réactions ont été moins enthousiastes de la part des associations de sécurité routière. La présidente de la Ligue contre les violences routières, Chantal Perrichon, a estimé auprès de l’Agence France-Presse qu’il fallait être “d’une grande et ahurissante ignorance pour le proposer”. “C’est dans la lutte contre les excès de vitesse qu’il y aura une baisse de la mortalité”, a-t-il dit.

Pour Anne Lavaud, déléguée générale de l’Association de prévention routière, créer « de l’élasticité sur le seuil » pourrait être pris « comme une invitation à rouler plus vite, à l’heure où les chiffres de la sécurité routière repartent à la hausse ». “Cela nous semble éroder le système des points de pénalité, souvent pris en exemple à l’étranger et apprécié des Français”, a-t-il dit.

Au contraire, cette réflexion “va dans le bon sens” pour Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes. “C’est simplement venu à notre connaissance à ce moment-là. C’est un premier pas. Ensuite, si les chiffres montrent que les accidents n’augmentent pas, je pense qu’il faudra envisager d’ajuster les sanctions financières”, a-t-il commenté.

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