Vendredi 20 mai, les villageois étaient (enfin) invités à participer à l’inauguration officielle du Village Landais Alzheimer à Dax, plusieurs fois reportée en raison de la situation sanitaire.
Baskets blanches à scratchs brillants et robe pastel brillante, Christiane, 87 ans, écharpe festive tradition landaise autour du cou, brille dans la cour. “C’est une pinte”, sourit-il en voyant des gens autour du bar.
“Je m’amuse autant qu’eux”
Au village depuis un an et demi, Christiane se sent « très bien » : « C’est très bien ici. “Elle est très active, elle fait beaucoup d’activités, elle aime tout”, raconte Marie-France, une bénévole qui vient faire chanter les villageois tous les lundis après-midi de 14h30 à 16h30. petit “La voix”. Nous chantons de vieilles chansons, de nouvelles chansons, je m’amuse beaucoup. Et ils sont mon soleil. Je viens les distraire mais je m’amuse autant qu’eux », confie le professeur de chant, qui met l’accent sur la « liberté » des villageois, dans un cadre de vie privilégié, sur un terrain de plus de cinq hectares. “Ma mère, qui souffre également d’Alzheimer, est dans une maison de repos dans les Pyrénées. Cela n’a rien à voir. C’est triste là. Voici la vie. Ils vont, ils viennent, ils ont la brasserie pour boire un peu. Et aussi le coiffeur, l’épicerie, la médiathèque… »
“Je ne me voyais pas un jour le mettre sur un Ehpad”
“C’est une belle réussite pour ceux qui sont là”, a déclaré Francis Lalanne, 72 ans, conscient qu'”il n’y a pas assez de place”.
Sept ans après avoir été diagnostiqué avec la maladie, il a déménagé à La Vila plus tôt cette année. “La vie a une fin, il faut savoir la mener à bien. Ne vous méprenez pas, vous savez ce que vous n’êtes plus », a déclaré l’ancien vice-président de la coopérative islandaise Maisadour.
Les villageois et le personnel
Maria et Jean-Philippe, 63 et 62 ans, d’Amberès en Gironde, atteints de la maladie d’Alzheimer, “en ont parlé ensemble”: “C’est lui qui a pris la décision”, confie Maria. “On avait le choix, on pouvait trouver un établissement plus proche l’un de l’autre. Mais nous avons préféré que ce soit ici, entourés de gens sympathiques et dans un cadre exceptionnel. Je ne me voyais pas, un jour, le mettre dans un Ehpad. C’était trop dur pour lui, pour moi. Il est encore jeune. Il est dans une phase de maladie où il peut profiter de toutes les activités proposées dans le village. »
Jean-Philippe, 62 ans, est en ville depuis deux mois. Il a été diagnostiqué avec la maladie en 2017, mais les premiers symptômes de dépression et de perte de mémoire sont apparus en 2013.
Isabelle Louvier / Sud-Ouest
“Ce qui est différent ici, c’est le nombre d’employés”, explique l’art-thérapeute Julie. Dans le Village Landais, il y a autant de « viandes » (120) que de professionnels et de bénévoles. Multipliez les possibilités. Surtout parce qu’avec cette maladie, la relation humaine est au centre de l’accompagnement”, poursuit la jeune femme.
Assistant en gérontologie, Christophe voit aussi le contraste avec les Ehpad classiques, où il travaillait. “Dans la démarche, en tant que professionnel, c’est une belle opportunité d’être ici. On est dans les maisons avec les villageois, on s’occupe du déroulement de la journée, on prend son temps. Il y a un effort au niveau des ressources humaines et ça se voit”, confie le soignant.
Évidemment, tout le monde est au courant du scandale Orpea. “C’est insupportable de profiter de la faiblesse des gens”, dit le villageois Francis Lalanne. Dans les Landes, aucun Ehpad n’est privé, selon l’élection “historique” du Département. Et cela est devenu bien souligné vendredi.
Francis Lalanne (à droite) s’est entretenu avec l’ancien président François Hollande lors de sa venue à Dax le vendredi 20 mai 2022.
Isabelle Louvier / Sud-Ouest