Vrai ou faux Retrouvez notre enquête dans une vidéo montrant de possibles abus en Ukraine

Grâce à la façade du bâtiment vue derrière les corps, nous avons pu géolocaliser le bâtiment devant lequel cette vidéo a été tournée. Il s’agit des locaux désaffectés d’une ancienne compagnie charbonnière, située à Pervomaisk. A quelques kilomètres seulement de la ligne de front avec les forces ukrainiennes au moment de la diffusion de la vidéo, cette ville minière du Donbass se trouve en territoire séparatiste, dans la République autoproclamée de Lougansk.

Mais comment revenir à l’auteur de cette vidéo ? Grâce à l’aide d’internautes ukrainiens, nous avons retrouvé un militaire filmé devant une autre façade de la compagnie charbonnière, dans un post posté sur son compte TikTok trois jours seulement après la vidéo de l’abus. Sa voix est semblable à celle qu’on entend se moquer des cadavres. Il appartient au 6e régiment cosaque de la République de Louhansk. Un corps séparatiste qui, selon diverses coupures de presse locales, contrôle bien Pervomaisk.

Cet homme, dont nous avons retrouvé la carte d’identité militaire, s’appelle Miron (nous avons son nom exact, mais nous avons choisi de ne pas le citer). À l’âge de 52 ans, il est venu de la ville d’Alchevsk, près de Pervomaisk. Mobilisé sur le front du Donbass depuis le début de l’invasion russe le 24 février, il filme régulièrement son quotidien de soldat sur TikTok ou Instagram. Grâce à lui, nous apprenons que l’usine de charbon semble servir de base à son régiment, et qu’il mène alors les offensives contre Popasna, la principale ville sous contrôle ukrainien près de Pervomaïsk, qui a depuis été prise par les forces russes.

Entre opérations en véhicule blindé, congés familiaux et blagues scolaires avec ses camarades de classe, il explique une vie presque normale. Cette illusion de normalité est brisée lorsque Miron est en contact avec des Ukrainiens captifs : dans une vidéo mise en ligne le 3 avril, on l’entend menacer de battre et parfois de violer des prisonniers de guerre blessés. “On te frappe ! Lequel d’entre vous va sucer ?”, crie-t-il, tandis qu’un autre soldat séparatiste frappe un Ukrainien à la tête.

Par conséquent, Miron était sur les lieux autour de la date de sortie de la vidéo et est en contact régulier avec des prisonniers de guerre.

Mais comment pouvez-vous réellement prouver que vous avez enregistré cette vidéo ? Pour y parvenir, nous avons fait appel à des experts en analyse vocale. Whispeak et un expert médico-légal indépendant qui utilise le logiciel Voice Inspector de Phonexia, couramment utilisé dans les enquêtes médico-légales, ont convenu de comparer la voix de Miron à celle que l’on peut entendre se moquer des cadavres. Sans se concerter et en adoptant deux méthodes différentes, ils sont arrivés à la même conclusion : les caractéristiques vocales de Miron sont très proches de celles de l’auteur de la vidéo. Par conséquent, nous pouvons dire avec un haut degré de certitude qu’il est vraiment l’homme derrière ces images.

Selon Karine Ardault, avocate spécialisée dans les crimes de guerre, les éléments mis au jour par notre enquête pourraient servir de base à une enquête judiciaire. “C’est une vidéo intéressante, qui présente un élément qui met en lumière les responsabilités pénales, et qui établit que des gens auraient pu commettre des crimes de guerre contre les gens qu’on voit morts”, explique-t-il.

Mais en l’état, cette vidéo ne suffit pas et doit être relativisée. Il faut comprendre ce qui s’est passé avant et après.

Karine Ardault, juriste spécialiste des crimes de guerre

Cette tâche incombera à la Cour pénale internationale ou à un tribunal ukrainien spécialisé. Cependant, nos recherches nous ont permis de retrouver l’auteur de cette vidéo. Un homme qui devra peut-être un jour s’expliquer sur ses actes.

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