Comme l’an dernier, la division Tour 2022 offre une demi-douzaine d’occasions consécutives à Wout van Aert de s’imposer mais aussi de reprendre le maillot jaune.
D’abord, lors du contre-la-montre inaugural à Copenhague (13,2 km), dont le vainqueur sera forcément le premier leader de la course. Derrière Filippo Ganna, le Belge sera le grand favori.
Mais les cinq prochaines étapes consécutives peuvent aussi vous faire sourire et, si vous avez pris du retard dans le contre-la-montre, elles vous offriront la chance de renverser la vapeur. Au moyen des bonus accordés à la fin de toutes les étapes (sauf les deux temps) qui permettent aux trois premiers de gagner 10, 6 et 4 secondes de bonus. En cinq étapes, avec des résultats moyens (pour lui), van Aert peut profiter d’une quinzaine de secondes, dans la gamme haute, il peut doubler ce bonus. Le maillot vert restant son principal objectif final, le coureur Jumbo-Visma sera impliqué à chaque sprint.
En 2022, van Aert a participé à 22 courses et remporté 14 podiums, dont cinq succès. À Paris-Nice, il a terminé six fois sur huit entre les trois premiers et quatre fois au Dauphiné.
Van der Poel a les mêmes idées que lui…
Et bien qu’il ne se classe que quatrième chaque jour, il est en mesure d’utiliser les mouvements de course attendus au cours des prochains jours pour retirer un éventuel maillot jaune. Mais attention, le Belge peut aussi tomber dans les pièges que cachent ces premiers pas ou être une victime collatérale (s’il est contraint d’aider Roglic ou Vingaard par exemple). Le second, ce samedi, avec le passage de l’interminable pont du Grand Belt qui traverse la mer Baltique et s’expose au vent, puis aussi celui des pavés, mercredi prochain, devraient sûrement provoquer des casses et des manques.
C’est très simple : le Belge, probablement le pilote le plus complet du peloton actuel, peut gagner tous les jours jusqu’à l’arrivée à Longwy. En tant que spécialiste de l’effort solitaire (lors de la 1ère étape) ou des pavés (pour la 5ème à Arenberg), en tant que puncheur (en fin de 4ème et encore plus 6ème étapes, à Calais et Longwy où des pauses sont aussi à prévoir) comme dans sprinteur (les 2ème et 3ème journées des deux dernières journées du Grand Prix du Danemark).
Un jour de moins, un incident mécanique ou un temps accordé en échappée dans le peloton peuvent cependant anéantir tous vos espoirs. Comme cela s’est produit il y a 12 mois. Nous avions alors déjà offert au champion d’Anvers la chance de s’imposer une demi-douzaine de fois au départ du Tour, en Bretagne puis dans le contre-la-montre de Laval puis dans les Alpes. C’est finalement au milieu du Tour que van Aert remporte l’étape du Ventoux.
Enfin, cette stratégie, le triple champion du monde de cyclo-cross n’est pas la seule à avoir été imaginée. Mathieu van der Poel, notamment, rêve de reproduire dans les prochains jours son succès de l’an dernier lorsqu’il avait remporté le maillot jaune lors de la deuxième journée pour le conserver une semaine.
Il n’est pas allé très loin en 2019 puis l’année dernière
© BELGA
Pour ses débuts sur le Tour, puis à nouveau en 2021, van Aert n’a pas pu saisir le maillot pour de bon.
En 2019, pour ses débuts à la Grande Boucle, Wout van Aert a été empêché de sprinter par la chute collective survenue à un peu plus d’un mile de la ligne. Seizième de l’étape, remportée par son coéquipier Mike Teunissen et donc au général, il avait assuré 14 places à l’issue du contre-la-montre par équipes qu’il a survolé avec ses coéquipiers le lendemain. Mais il avait dix secondes de retard sur le maillot jaune, celles des primes prises par Teunissen sous l’Atomium.
Parti de Binche sous le maillot blanc de meilleur jeune, et alors que Teunissen se laissait aller sur les pentes du vignoble champenois, van Aert aurait pu prendre la tête du classement dès le lendemain, à Épernay. Mais l’attaque victorieuse de Julian Alaphilippe avait brûlé l’herbe sous ses pieds et, s’il restait deuxième au classement, il accusait désormais 20 secondes de retard sur le Français. Puis à 14 ans, grâce à la deuxième place obtenue à Colmar où seul Peter Sagan s’était imposé.
Pourtant, le lendemain, dans les Vosges, l’avers a quitté ses rêves de décrocher la robe dorée et avec près d’un quart d’heure de retard il a atteint le sommet de la Super Planche des Belles Noies où il venait de vaincre Dylan Teuns.
Covid puis appendicite
L’année suivante, le Tour reporté à la fin de l’été n’offre aucune chance à van Aert d’enfiler le maillot jaune, alors qu’il est rattrapé au sprint de la première étape, remportée par Alexander Kristoff, dans la Promenade des Anglais transformée en une patinoire par de violents orages. Dès la deuxième journée, l’affaire a été classée et le Belge a été mis au service de Primoz Roglic que Tadej Pogacar allait renverser à 24 heures de la fin du Tour.
C’est peut-être l’année dernière que celui qui portait alors le t-shirt tricolore du champion de Belgique s’est rapproché du t-shirt cycliste le plus emblématique, avec l’arc-en-ciel du champion du monde. Du moins sur papier. Un peu comme cette année, le coureur d’Herentals s’était promis une demi-douzaine d’occasions de s’imposer en Bretagne puis sur le long voyage France-Alpes. Retardé par une opération d’appendicite, van Aert n’a pas abordé le Tour à 100% mais chaque jour il se rapprochait un peu plus de la tête du classement général occupée par son ami Mathieu van der Poel. Vers Le Creusot, les deux hommes ont failli décanter le Tour avant que les Emirats Arabes Unis de Pogacar ne sauvent les meubles. Mais à son arrivée dans les Alpes, après une bonne semaine de course, le Belge n’a pas pu prendre le relais du Néerlandais sorti le premier au col de Romme alors que van Aert en attendait plus. Le coup de Pogacar au Grand Bornand l’a cependant empêché de connaître, même pendant vingt-quatre heures, le bonheur qu’il espère connaître enfin cette année.
Le lendemain, direction Tignes, il tombe enfin en ligne.