Un jeune homme a été victime d’un viol, dans la nuit du 21 au 22 juin, au centre-ville de Saint-Brieuc. Conduit à l’hôpital de Saint-Brieuc à 2h30 du matin, il n’en est ressorti qu’à 12h30, doublement choqué par son attaque et son traitement hospitalier.
Le parcours des victimes d’agressions sexuelles est toujours une question délicate. Selon qu’il s’agit d’une femme, d’un homme, d’un adulte ou d’un mineur, le protocole n’est pas tout à fait le même, pour prélever les premiers tests possibles, comme l’ADN, prélever des échantillons, établir un ITT ou rechercher des blessures.
On l’a laissé comme ça, des heures et des heures, sans personne pour lui parler, pour le réconforter…
Dans une affaire pénale comme celle-ci, c’est le directeur de l’hôpital qui reçoit une réquisition de la justice, pour procéder à l’examen de la victime. Ce mardi 21 juin, deux démentis consécutifs ont ralenti le processus. “Parce que c’est un enfant, le service de gynécologie n’a pas voulu l’accueillir. On a dit à mon fils qu’il devait être vu par un médecin légiste”, explique le père du jeune homme, bouleversé par la situation. “On l’a laissé comme ça, pendant des heures, sans pouvoir se laver, sans personne pour lui parler, pour le réconforter… Et le seul pathologiste disponible était à Rennes. »
“Le médecin urgentiste indigné”
“Aux urgences, heureusement, nous avons eu affaire, au final, à un médecin particulièrement sympathique, qui lui-même s’est indigné… C’est lui qui a fini par faire l’examen”, se souvient encore le père de la victime. “Pour mon fils, c’est fait, c’est trop tard. Mais pour d’autres, il y a vraiment des choses à améliorer. »
Les agressions sexuelles sur les hommes sont des situations beaucoup moins courantes
L’hôpital confirme
“Ces questions sont légitimes, dans le contexte traumatisant que nous connaissons”, a reconnu jeudi 30 juin la direction de l’hôpital Briochin. Après une “première analyse de la situation” du jeune homme, l’hôpital confirme que le circuit de prise en charge médico-légale du patient en question est perfectible. Cela s’explique notamment par le fait que les agressions sexuelles sur les hommes sont des situations beaucoup moins fréquentes que les agressions sexuelles sur les femmes. »
« Par rapport aux femmes victimes de violences sexuelles, leur système de prise en charge est bien connu des professionnels. Les victimes sont orientées vers le secteur hospitalier de gynécologie, notamment pour des soins médico-légaux (examen gynécologique, prélèvements). »
Manque de médecine légale
Mais la situation de ce jeune majeur a relancé le débat sur les soins médico-légaux sur le territoire. A Saint-Brieuc, le manque de médecin légiste est un problème récurrent pour les autorités judiciaires.
Le seul pathologiste du service est forcément débordé. Et si la création d’une unité d’accueil médico-légal pédiatrique (UAMJP) au sein de l’hôpital a beaucoup facilité la tâche des mineurs, pour les victimes majeures, la prise en charge est parfois plus délicate.
Le parquet de Saint-Brieuc a récemment déposé une demande de création d’une cellule médico-judiciaire locale, qui viendrait compléter l’UAMJP, avec un secrétariat juridique adjoint. Mais pour une mise en œuvre dans quel délai ?