Au procès le 13 novembre, un avocat propose une nouvelle version de l’histoire du massacre du Bataclan

Les avocats des parties civiles, devant la cour d’assises spéciale de Paris. SERGIO AQUINDO POUR “LE MONDE”

Nous nous sommes lentement endormis à la fin de la journée d’audience, le mardi 24 mai, lorsque la voix grave et assurée d’un jeune avocat a sorti l’auditoire de sa torpeur. Depuis lundi, une kyrielle de costards noirs défilent à la barre du procès des attentats du 13 novembre pour engager une figure imposée des assises : les allégations des parties civiles. Depuis deux jours, les avocats participent plus ou moins joyeusement à cet exercice auquel on n’attend généralement pas grand-chose et qui devrait s’étaler sur deux semaines.

Pour limiter les renvois et éviter de noyer la mémoire des victimes dans l’océan des quelque 2.400 parties civiles dans ce procès, ses 370 avocats ont prévu de se partager les dossiers (radicalisation, détournement de religion, deuil, mémoire…) avec un succès inégal. Dans la mosaïque de pétitions chorales qui se dessine, au rythme d’une quinzaine d’avocats par jour, tous les styles se sont succédé à la barre : lyrique, académique, emphatique, hors sujet, pudique, littéraire…

Le mardi était consacré à l’évocation des sites cibles des attentats. Une quinzaine d’avocats s’étaient déjà exprimés lorsque la longue silhouette de Me Hugo Lemont, 34 ans, se tenait devant le micro. En huit mois de procès, nous n’avions jamais entendu sa voix. Dès les premières phrases le ton de son argumentaire est donné : précis, nerveux et ambitieux. L’avocat entend prendre quelques libertés avec le chiffre imposé : il ne propose rien de plus que de corriger le récit du massacre du Bataclan qui s’est imposé à la vue, déplorant le “travail trop partiel effectué lors de l’enquête”.

“Fausses déclarations”

Au début du procès, d’innombrables témoins, forcément fragmentés, parfois contradictoires, avaient tracé les grandes lignes du déroulement de l’attentat. Mais un sentiment de flou subsistait sur certains points. S’appuyant sur des “éléments de procédure objectifs” – expertises balistiques et enregistrements audio du Bataclan – Me Lemont veut “clarifier, voire contredire” certaines “déclarations erronées” qui figurent dans l’acte d’accusation.

Cette pièce maîtresse du dossier, qui résume en 348 pages les six années de cette enquête pharaonique, explique que deux terroristes sont montés au balcon au début du meurtre, tandis que le troisième, Samy Amimour, serait resté au rez-de-chaussée. . . L’avocat va s’efforcer de prouver que les trois terroristes sont effectivement montés à l’étage, un fait qui n’a jamais été évoqué en huit mois d’audiences. “Les voix et les balles des tueurs nous permettent de déterminer le chemin qu’ils ont suivi”, dit-il avec audace.

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