Brésil : indignation face au meurtre de deux personnes disparues en Amazonie

AFP, mis en ligne le vendredi 17 juin 2022 à 03h32

Les meurtres du journaliste britannique Dom Phillips et du militant écologiste et indigène brésilien Bruno Pereira ont suscité l’indignation au Brésil et même à l’ONU, alors que les enquêtes se poursuivent vendredi pour tenter de découvrir les circonstances de sa mort.

Après dix jours d’intenses investigations, la police fédérale a annoncé mercredi que l’un des deux suspects, le pêcheur Amarildo da Costa de Oliveira, avait reconnu avoir enterré les corps des deux hommes, portés disparus depuis le 5 juin lors d’une expédition à Javari. . Vallée de l’Amazone (nord-ouest).

Sur les lieux, la police a découvert des “restes humains” avec “99% de chances” d’appartenir aux deux hommes. Enfermés dans deux cercueils en bois, ils sont arrivés à Brasilia jeudi soir pour une identification définitive, a rapporté l’AFP.

La police a publié un communiqué jeudi après-midi sur les taches de sang trouvées sur le bateau d’Amarildo da Costa de Oliveira lors de son arrestation la semaine dernière. Ils ne correspondent pas à l’ADN de Dom Phillips et des “examens complémentaires” sont nécessaires pour déterminer s’il s’agit de celui de Bruno Pereira.

De plus, “aucun ADN humain n’a été détecté” dans les viscères retrouvés flottant dans la rivière. Cette découverte a été annoncée par le président Jair Bolsonaro lors d’une interview à la radio qui concluait : “Tout porte à croire qu’ils ont été lésés”.

L’enquête se poursuit pour déterminer le mobile du crime, les circonstances de la mort apparemment “par arme à feu”, le rôle exact joué par les deux détenus présumés, Amarildo da Costa et son frère Oseney, et leurs éventuels complices.

Selon la presse brésilienne, trois autres suspects ont été identifiés, dont le commanditaire présumé de la tuerie. La police fédérale n’a pas confirmé l’information mais n’a pas exclu d’autres interpellations.

– “Indignation” –

Dom Phillips, 57 ans, collaborateur régulier de The Guardian et auteur de dizaines de reportages sur l’Amazonie, s’était rendu dans la région dans le cadre d’une recherche d’un livre sur la conservation de l’environnement. Il était accompagné de Bruno Pereira, 41 ans, expert reconnu et défenseur des droits des peuples indigènes.

Les deux hommes avaient disparu alors qu’ils retournaient en bateau vers la ville d’Atalaia do Norte, dans la vallée du Javari, une région isolée près de la frontière avec le Pérou et la Colombie, théâtre de multiples trafics de drogue, de pêche et d’extraction d’or.· Juridique.

Dénonçant un acte “brutal” et “horrible”, l’ONU a appelé le Brésil à “intensifier ses efforts pour protéger les défenseurs des droits de l’homme et les peuples autochtones”.

L’ONG environnementale WWF-Brésil a exprimé son “indignation” face au manque de protection de l’Etat pour “les peuples de la forêt et leurs défenseurs”.

Greenpeace a estimé qu'”au cours des trois dernières années”, depuis l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite Jair Bolsonaro en 2019, le Brésil est devenu le pays de “tout se vaut”.

Sept dirigeants indigènes brésiliens ont dénoncé à Bruxelles le climat de violence et “d’impunité” en Amazonie, affirmant que le gouvernement “ne montre aucune volonté de lutter contre la criminalité environnementale”.

– “Esprit” –

La disparition des deux hommes a ravivé les critiques du chef de l’Etat, accusé de favoriser les invasions des terres indiennes avec ses discours en faveur de l’exploitation des ressources de la plus grande forêt tropicale du monde.

Ce dernier, qui a dit que le journaliste était “mal vu” en Amazonie pour “ses nombreux reportages contre les orpailleurs, sur l’environnement”, a réagi jeudi dans un tweet concis : “Nos condoléances aux familles et que Dieu réconforte le cœur de tous . ”

“Des gens qui sont morts pour défendre les terres indigènes et l’environnement. Le Brésil ne peut pas être ça”, avait réagi mercredi soir l’ancien président Lula da Silva (2003-2011), candidat de gauche à l’élection présidentielle de 2022.

L’Union des peuples indigènes de la vallée du Javari (Univaja), dont les membres ont participé activement à l’enquête, a qualifié le meurtre de “crime politique” car il visait des “défenseurs des droits humains”.

A Londres, Jonathan Watts, un collègue de Dom Phillips dans The Guardian, a déclaré à l’AFP qu’il espérait que les meurtres “monstrueux” encourageraient, et non dissuaderaient, les médias à continuer de travailler sur les crimes environnementaux.

La famille du journaliste britannique au Royaume-Uni a déclaré jeudi avoir “le cœur brisé”, remerciant les participants à la recherche “surtout les indigènes”.

“Maintenant que les esprits de Bruno errent dans la jungle et se répandent parmi nous, notre force est bien plus grande”, a écrit Beatriz Matos, la veuve de M. Pereira, sur Twitter.

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