Bruno Le Maire ferme la porte à l’essence à 1,50 euro

1,50 euros. Plus qu’un chiffre, c’est un cri de concentration, et l’un des rares points de convergence entre les différentes formations de l’opposition parlementaire dans la nouvelle Assemblée. Du côté de LR, nous prônons une baisse d’impôt “massive” pour que le litre de carburant ne dépasse pas 1,50 euro. Au RN on attaque la TVA dans l’espoir qu’elle passe de 20% à 5,5%. Enfin, la NUPES, veut un bloc de prix pour qu’ils soient inférieurs à la fameuse barre de 1,50 euros.

Sauf que dans l’édition d’aujourd’hui des Echos, Bruno Le Maire coupe les revendications de son opposition. Très court même. Le ministre de l’Economie et des Finances explique que ce type de proposition, “c’est promettre la lune”. Il suggère aux parties réclamant cette importante baisse de carburant de « se venger ». Et le ministre de saisir sa calculatrice. “Cela coûterait 50 milliards à l’Etat, plus que le budget du ministère de la Transition écologique, et tout ça pour subventionner les énergies fossiles.

La baisse de 18 cts le litre pourrait durer jusqu’à la fin de l’année

L’opposition devrait apprécier très modérément la porte que le ministre vient de fermer à ses propositions, qui promet des débats houleux à l’Assemblée lors de l’examen de la loi sur le pouvoir d’achat qui sera présentée dans quelques jours. Ainsi, pour tenter de les apaiser, Bruno Le Maire a voulu laisser passer un rayon de lumière à travers l’opacité de son refus.

Il évoque la baisse de 18 cents qui, sur l’addition, devrait être prolongée jusqu’à la fin août et même progressivement, jusqu’à la fin de l’année. Mais il compte aller un peu plus loin. “Nous sommes prêts à nous adresser à l’opposition responsable : pourquoi ne pas envisager de prolonger la coupe de 18 cents d’ici la fin de l’année ?” Autant dire qu’au moins cette mesure devrait être inscrite dans la future loi.

Patrick Pouyanné, président de Total, pour avoir moins roulé.

Mais alors que les politiciens se battent et négocient pour contenir la hausse des prix du carburant, Total a peut-être trouvé la solution ultime. Son chef, Patrick Pouyanné, vient de signer, avec son collègue EDF et son collègue Engie, une tribune dans le JDD intitulée Le prix de l’énergie menace notre cohésion. Jusque-là, nous ne pouvons qu’être d’accord avec les trois signataires. En revanche, leur proposition pour endiguer le problème est pour le moins lunaire, puisque le trio demande aux Français de réduire “immédiatement”, ce sont leurs propres termes, leur consommation d’énergie.

Très bien, nous n’utilisons plus la voiture pour aller travailler, alors que, pour la plupart des Français, c’est le seul moyen de déplacement possible. Quant aux sorties de vacances, oublions. Fait intéressant, dans la tribune cosignée par Patrick Pouyanné n’évoque pas les 4 milliards de bénéfices obtenus depuis le début de l’année et les 20 milliards attendus pour 2022. L’effort de Total pour juguler l’inflation pétrolière (hormis la réduction de 10 ct en été ). dans ses stations-service d’autoroute, bien loin des 5 euros accordés il y a quelques mois) est donc de renoncer à gagner plus, incitant les consommateurs à acheter moins de leurs produits. Enfin, quand Bruno Le Maire demande à retrouver la raison, peut-être entre les lignes de son interview, il s’adresse au patron de Total.

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