Publié: 07/07/2022 – 22:41
Blaise Compaoré est arrivé à Ouagadougou jeudi 7 juillet en début d’après-midi sur un vol privé affrété par les autorités ivoiriennes. Un retour rendu possible par la junte au pouvoir, officiellement, grâce à des pourparlers avec le président de la transition, le lieutenant-colonel Damiba, et les anciens présidents du pays. Mais Blaise Comaporé a été condamné en avril à la prison à vie pour son rôle dans le meurtre de Thomas Sankara. Après près de 8 ans d’exil, son retour sans être emprisonné fait donc polémique.
Lorsque Blaise Compaoré a fui en octobre 2014, chassé par un soulèvement populaire et libéré par l’armée, c’est en Côte d’Ivoire qu’il a atterri. Un an plus tard, la justice militaire du Burkina Faso lance un mandat d’arrêt international contre lui pour son implication dans la mort de Thomas Sankara, assassiné en 1987 lors du coup d’État qui porte au pouvoir Blaise Compaoré.
En 2016, il obtient la nationalité ivoirienne, ce qui complique toute possibilité d’extradition. Il y a trois ans, alors que le pays était en proie à des attentats terroristes, Blaise Compaoré écrivait une lettre à l’actuel président, Roch Marc Christian Kaboré.
Il exprime sa « disponibilité » à soutenir toutes les initiatives de promotion de la paix. Des discussions sur un éventuel retour sont en cours. L’année dernière, le ministre burkinabé de la réconciliation nationale, Zéphirin Diabré, s’est rendu à Abidjan pour le rencontrer.
Mais le 6 avril, Blaise Comparé a été condamné à la prison à vie par la justice de son pays pour son rôle dans le meurtre de Thomas Sankara.
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Face à ce retour de l’ancien chef de l’Etat, les héritiers des victimes du putsch de 1987 exigent que « les autorités judiciaires prennent toutes leurs responsabilités. Maître Ambroise Farama, avocat des parties civiles dans le procès des assassins de Thomas Sankara, décrit même une situation de « pure illégalité ». Pour les avocats des ayants droit des victimes, la loi est claire : la peine qui condamne Blaise Compaoré à la réclusion à perpétuité dans l’affaire Sankara vaut mandat d’arrêt. Ainsi, dès qu’il met le pied sur le territoire burkinabé, l’ancien président doit être arrêté.
C’est un scénario malheureux auquel nous assistons, qui remet en cause tout ce qui a été construit ces huit dernières années pour assurer l’enracinement de l’Etat de droit au Burkina Faso. Désormais la justice est discréditée. La réconciliation ne se décrète pas, elle ne s’impose pas.
Souleymane Ouédraogo, membre de la coordination nationale du Balai Citoyen
Gaëlle Laleix
C’est pourtant libre qu’il a quitté l’aéroport de Ouagadougou jeudi et se rendra ce vendredi à une rencontre avec d’autres anciens chefs d’Etat du Burkina Faso. Dans un communiqué, la présidence précise toutefois que « cette rencontre n’entrave pas les poursuites judiciaires engagées contre certains. Alors que la présidence ivoirienne affirmait avoir obtenu toutes les garanties que Blaise Compaoré ne risquerait pas l’emprisonnement.
Pour Pierre-Olivier Sur, l’avocat de Blaise Compaoré, “le Burkina Faso écrit sa grande histoire et la loi suivra. Le conseil dispose le plus souvent d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle. Une issue qui serait “indésirée” selon Ambroise Farama, notamment parce que Blaise Compaoré a refusé d’affronter la justice au Burkina Faso.
Ce n’est pas la décision de justice qui compte, c’est le moment de la réconciliation qui, au contraire, est essentiel. Et bien sûr, la loi suivra. Soit ce sera une amnistie, soit je ne sais quel texte scellera le retour au pays dans le cadre de la réconciliation, l’impunité désormais.
Pierre-Olivier Sur, avocat de Blaise Compaoré
Gaëlle Laleix
Depuis son arrivée, plusieurs organisations de la société civile et formations publiques se sont mobilisées pour exiger l’exécution du mandat d’arrêt, rapporte notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani. Les syndicats de magistrats appellent le Président du Faso, garant constitutionnel de l’indépendance de la justice, à œuvrer sans condition et sans délai pour que la sacralité des décisions de justice soit scrupuleusement respectée.
Tout en appelant à l’arrestation immédiate et sans condition de Blaise Compaoré, un front patriotique, constitué de diverses organisations de la société civile et formations politiques, appelle au boycott du meeting des anciens chefs d’Etat Yacouba Isaac Zida, Michel Kafando et Roch Marc. Christian Kabore. “Vous devez prendre la décision courageuse et historique de rejoindre le peuple burkinabé dans le domaine de la justice et non dans celui de l’impunité”, a-t-il interpellé le front dans son communiqué.