Covid, 7ème vague : déclin immunitaire, mutations, pic, restrictions, perspectives… un épidémiologiste décortique le rebond épidémique

La septième vague de Covid-19 frappe de plein fouet la France. Poussée par les variantes BA.4 et BA.5, l’épidémie repart depuis quelques jours : le nombre de nouveaux contaminants explose à mesure que les indicateurs hospitaliers augmentent. “L’incidence est revenue à un niveau comparable à celui des fêtes de fin d’année 2021”, indique l’épidémiologiste Mircea Sofonea. Professeur d’épidémiologie et d’évolution des maladies infectieuses à l’Université de Montpellier, il décortique la montée épidémique actuelle en France et dans plusieurs pays européens. Interview.

Comment expliquer la recrudescence de l’épidémie de Covid-19 ?

C’est la conjonction de deux processus : d’une part, le déclin immunitaire, et d’autre part, les mutations des sous-variants BA.4 et BA.5. Le déclin immunitaire correspond à la perte de protection contre une nouvelle infection après une dose de vaccin ou une infection antérieure. Nos collègues britanniques ont estimé qu’au bout de 5 mois après la troisième dose du vaccin à ARNm, la réduction du risque d’infection n’était plus que de 10 %. Heureusement, la protection contre les formes sévères diminue plus lentement et reste élevée. Quant aux mutations BA.4 et BA.5, elles leur confèrent probablement un léger avantage de contagiosité mais surtout une fuite immunitaire, qui leur permet de nous (ré)infecter plus facilement, malgré notre immunité majoritairement hybride (post-infectieuse et post-vaccination). Ainsi, au lieu de connaître une nouvelle vague de BA.2 à l’automne simplement à cause de la diminution du système immunitaire, nous subissons une vague anticipée au milieu de l’été.

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“C’est la première vague où nous n’avons pas une projection satisfaisante”

Sait-on quand le pic de cette septième vague sera atteint ?

La question est difficile pour plusieurs raisons : les paramètres nécessaires ne sont pas encore correctement quantifiés pour BA.4 et BA.5 (probabilité de réinfection post-BA.5 ?) et certaines inconnues sont a priori favorables : fermeture des écoles pendant l’été. , changement spontané de comportement des Français, mesures possibles (de préférence territorialisées) de l’exécutif et des collectivités. Nous aurions pu donner ces estimations avec plus de soutien logistique et économique : pour l’instant, nous n’avons pu compter que sur la Région Occitanie et l’Université de Montpellier pour notre travail de projection, mais notre projet de poursuivre et d’approfondir ces analyses a été systématiquement rejeté. par les financeurs nationaux, empêchant le renouvellement des collègues contractuels d’ici 2023. Ainsi, tant que la question de la santé persiste – comme en témoigne leur question – le temps de recherche et d’expertise des acteurs de santé est-il forcément écourté par la présentation de projets, qui sont rarement des évaluations constructives. ils ne permettent même pas d’amélioration. C’est la première vague où nous n’avons pas de projection satisfaisante. Heureusement, les travaux de Bastien Reyné (lien ici), en thèse sur notre équipe, nous permettent d’explorer les questions liées à la dynamique et à la gestion du Covid-19 dans les années à venir.

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Le virus est censé supporter mal la chaleur, ce facteur peut-il limiter l’ampleur de la vague ?

Oui, mais à des températures supérieures à celles correspondant au contexte de transmission moyen : il ne chauffe beaucoup qu’à l’extérieur avec la lumière directe du soleil, mais la pollution se produit davantage à l’intérieur, où la chaleur est insuffisante pour éteindre le virus. En revanche, passer plus de temps à l’extérieur et aérer constamment les intérieurs réduira le risque de transmission, mais cela ne suffit pas à lui seul à ralentir la vague.

Les autorités viennent de recommander le port du masque dans les transports. Est-ce nécessaire à votre avis ? Faut-il mettre en place d’autres mesures de ce type ?

C’est une première étape qui s’interprète comme une reprise de la surveillance des Français. C’est seulement nécessaire parce que psychologiquement c’est la démarche la plus facile à franchir (peu de contraintes qu’il faut masquer dans les transports, contrairement aux activités culturelles, au travail, dans les lieux publics) mais ce n’est pas suffisant. Un fort investissement dans la notice test-traçage-isolation ainsi que dans l’aération/ventilation/épuration pourrait être sur la table.

Faut-il s’attendre à de nouvelles vagues plus tard ?

Malheureusement, en raison de la baisse de l’immunité et de l’émergence de nouvelles variantes, naturellement sélectionnées pour leur évasion immunitaire, oui, comme la grippe saisonnière.

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