Changement de pied. Après avoir assuré en juin qu'”il n’y avait pas de risque de coupures d’électricité” l’hiver prochain, Emmanuel Macron a annoncé jeudi 14 juillet “un plan sobriété” pour consommer moins de gaz et d’électricité dans un contexte de crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine et les problèmes du parc nucléaire français. “On a un discours qui change sous la pression de l’urgence. Dire qu’il n’y avait pas de risque cet hiver était irresponsable”, a déclaré à franceinfo Nicolas Goldberg, expert en énergie chez Colombus Consulting. Telles sont les questions qui se posent après cette annonce.
Qu’a dit exactement le président ?
Le président de la République a fait cette annonce après avoir évoqué la probable coupure de l’approvisionnement en gaz de l’Europe par la Russie. “Nous devons collectivement entrer dans une logique de sobriété. Nous allons préparer un plan pour nous mettre en situation de consommer moins”, a déclaré le chef de l’Etat, expliquant qu’il demandera aux “administrations publiques”. [et] grands groupes de préparer un plan “à cet égard.
“On va essayer de faire attention collectivement, le soir aux lumières quand elles sont inutiles, on va faire un plan pour les administrations publiques, on va faire un plan de sobriété dans lequel on va demander à tout le monde. nos compatriotes à s’engager, et nous ferons un plan de sobriété et de décharge – ici on parle de gaz et d’électricité – avec nos entreprises”, a-t-il précisé. “Le premier est la sobriété. Le second, [c’est] développer les énergies renouvelables », a-t-il poursuivi, évoquant une « loi d’urgence » pour réduire les temps d’installation.
“Un plan, ça veut dire des limites, des élections”, a reconnu le chef de l’Etat, soulignant qu'”évidemment on aurait des objectifs quantifiés”. Mais “nous consommons déjà un peu moins que l’an dernier, c’est aussi bien de passer ce cap que c’est très bon pour le climat et l’indépendance du pays”, a-t-il insisté. Emmanuel Macron a également lié cette situation au réchauffement climatique, “c’est une urgence et c’est déjà le cas”.
Cette déclaration réaffirme l’annonce faite le 23 juin par la Première ministre Elisabeth Borne et la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher d’un plan sobriété. Ce dernier avait précisé que l’objectif de la France était de réduire sa consommation d’énergie de 10% d’ici 2024.
Qu’est-ce qu’un plan de téléchargement ?
Le président de la République n’a pas donné trop de détails sur les mesures que contiendra ce plan sobriété. Les seuls cités dans son interview sont l’extinction de certaines lumières le soir et le déchargement des compagnies. Si le premier est immédiatement compréhensible, le second mérite quelques explications. Le principe est le suivant : en cas de tension sur le réseau de gaz ou d’électricité, certaines entreprises peuvent être déconnectées pour réduire la consommation et passer la pointe.
Sur l’électricité, cette libération de charge peut prendre plusieurs formes, explique Nicolas Goldberg : coupures pour les gros consommateurs industriels, compensées selon l’occasion, réduction de la tension envoyée au réseau (210 volts au lieu de 220) ou “décharge rotative”. « Coupez une zone, dont une en particulier, pendant 2 heures, puis remettez le courant et coupez une autre zone si encore nécessaire », explique l’énergéticien.
“Techniquement, ce n’est pas une panne d’électricité, car elle n’est pas généralisée, mais les personnes concernées la ressentiront comme telle.”
Nicolas Goldberg, expert et énergique
un franceinfo
Selon lui, ce dispositif n’a pas été activé depuis au moins 40 ans.
Quels secteurs consomment le plus de gaz et d’électricité ?
Emmanuel Macron a annoncé que son plan s’appliquerait principalement à l’Etat et aux entreprises. Ces derniers, avec les secteurs industriels et tertiaires, sont de gros consommateurs de gaz et d’électricité. Mais il a aussi évoqué des individus et appelé “tous nos compatriotes” à “s’engager”. Le secteur résidentiel est en effet le premier secteur consommateur de ces deux énergies.
Quelles sont les mesures possibles ?
Le président n’a pas donné beaucoup de détails, tout comme ses ministres. Selon Le Point, une grande campagne de communication est en préparation pour inciter les Français à consommer moins, pour une diffusion à l’automne, avec un budget de 15 millions d’euros. “Il y aura certainement une communication à destination des entreprises et du grand public, mais à ce stade il est prématuré de parler d’un budget et d’un calendrier précis”, a déclaré Matignon à franceinfo.
Pour Nicolas Goldberg, « nous sommes confrontés à une crise énergétique comparable à celle de 1974 [qui portait sur le pétrole]pour laquelle nous avions pris toute une série de mesures musclées : limitations de vitesse sur les routes, arrêt des programmes télévisés après 23 heures, règles de renouvellement thermique… « Même s’il considère que l’opinion publique n’est pas encore prête à accepter des mesures aussi musclées gaz et électricité, le cabinet dresse une liste non exhaustive de ce que le gouvernement pourrait faire :
Appliquer les lois en vigueur. Nicolas Goldberg regrette qu’un certain nombre d’obligations existantes ne s’appliquent pas ou très peu : éteindre les enseignes commerciales dès une heure du matin, limiter le chauffage à 19°C l’hiver, la climatisation à 26°C l’été. “Il suffit d’entrer dans un centre commercial pour vérifier que cela ne s’applique pas.”
Repenser les tarifs de l’électricité et le placement des heures creuses. L’expert regrette la disparition progressive des tarifs horaires tels que Tempo, qui découpent le calendrier en jours bleus, blancs ou rouges selon la tension du réseau électrique. “C’était très lisible, ça permettait d’identifier les jours où il fallait faire attention à la consommation”, précise-t-il.
Généraliser le système d’alerte Ecowatt. Pour sensibiliser les consommateurs aux risques de perturbations, RTE a lancé Ecowatt, une « météo électrique » qui envoie des alertes en cas de tension secteur. “Ils ont lancé une alerte le 7 avril et économisé 900 mégawatts, ce n’est pas mal et ce n’est pas cher juste de dire aux gens de faire attention”, souligne Nicolas Goldberg.
Mettre en place un plan de renouvellement énergétique d’urgence. S’il constate que des progrès ont été réalisés avec le système Ma Prime Renov, l’expert plaide pour qu’il soit élargi, généralisé et simplifié pour accélérer la rénovation énergétique des logements.