Emmanuel Macron victime de sa légèreté

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En 2017, Emmanuel Macron avait confondu les cartes et changé les règles d’un jeu que l’on croyait figé à jamais. Consubstantiel à la Ve République, l’affrontement droite-gauche a été, en quelques mois, balayé. Une partie de quilles, un gâchis sans précédent d’où est sorti, moqueur, un garçon, entre Rastignac et Tintin, qui a remporté la mise sans tirer. Cinq ans plus tard, le désordre est toujours là ; il a même augmenté. Mais le gâchis était une revanche sur celui qui l’a créé. Comme par hasard, le président mord la poussière.

Candidat Cerfa

Revenons sur les faits de cette double campagne ratée.

Erreur de calcul ? Vanité? Fier? Désintéressement? Mépris? Condescendance? Maladroit? Parmi les mots qui viennent à l’esprit pour qualifier la double campagne – ou non-campagne – d’Emmanuel Macron, peut-être ceux de légèreté ou de hasard sont les plus appropriés.

Cinq ans à l’Elysée ? Un séjour comme celui-ci change un homme. Il ne voit certainement plus le monde comme il devrait être. Plongé dans les files, vous entendrez peut-être un peu moins d’épaisseurs et plus de flatteurs. Au palais, on s’isole. Réduite à des notes et des statistiques, la perception de la réalité est ennuyeuse et il n’y a presque plus de temps pour la proximité. Emmanuel Macron a oublié ce qu’était une campagne.

Au candidat inventif, disruptif, combatif, déterminé et optimiste de 2017 succède un habitué local, désireux de renouveler son contrat de location en signant un formulaire Cerfa, et un peu surpris – on n’ose pas dire ennuyeux – qu’on lui demande de faire du pays. .

Le débat, pris d’en haut

Parce qu’il fallait prendre cette campagne à bras-le-corps, monter sur scène, flatter le cul des vaches, arpenter les rues, manger des rillettes et boire des canons, trouver le magnifique Reblochon et les sublimes betteraves, t’inviter à Pôle emploi, accepter un collier. de fleurs d’outre-mer, regarder une chaîne de montage, fabriquer des gens, pousser un caddie dans un supermarché. Il est vrai que le président sondait la France depuis cinq ans ; mais ces “miles” ne sont jamais crédités au candidat.

Qu’est-ce qui a bien pu arriver au cerveau d’Elis ? Il s’ennuyait d’une situation incroyablement favorable. Incontestablement, la présidence de l’Union européenne a contraint Emmanuel Macron. Mais la « fin » de la crise sanitaire a offert un nouvel espace de liberté. La Russie envahit alors l’Ukraine, transformant le chef de l’armée en chef de guerre. Les avancées dans les sondages ont été immédiates.

Puis, par l’enchaînement des événements, le candidat a disparu. Nul doute qu’il envisageait de revivre les heureuses circonstances de 2017, avec la démission de François Hollande et l’échec industriel de François Fillon. Mais au final, où était-il écrit que l’on gagne en lançant les dés, par discrétion, par évasion, presque par effraction ?

Pourquoi discuter avec ceux qui ne pouvaient pas l’égaler? Il était trop beau, trop grand, trop tôt.

Et, bien sûr, plus que jamais, il a fallu débattre. Après un mandat de cinq ans où les affrontements étaient fréquents, ses adversaires, comme l’électorat, l’attendaient dans l’arène. Macron, redoutable polémiste, n’avait rien à craindre : sa connaissance des sujets et l’expérience de la firme lui donnaient un avantage évident. La constitution de la V République, qui réduit – réduit – l’opposition à la figuration, fige et caricature les échanges.

Le besoin de débat était légitime. Certes, une bagarre à midi aurait été absurde alors qu’un débat à trois ou quatre était possible, voire utile. Le président-candidat a refusé et s’est contenté du service minimum institutionnel entre les deux tours. L’audace de 2017 avait fui, rattrapée par la gentrification de 2022.

Président partout, candidat nulle part

Une gentrification et une forme de complaisance aussi. Eh bien, rapidement, aucun candidat ne semblait en mesure de contester sa victoire. Alors pourquoi discuter avec ceux qui ne se sont pas approchés ? Il était trop beau, trop grand, trop tôt. Le président méprisé, il fuyait : ses adversaires n’hésitaient pas à lui faire des reproches. Et il a accepté l’avis qui, très vite, a oublié l’Ukraine pour ne s’intéresser qu’à la gamme complète du diesel. Macron a distribué des chèques-cadeaux qui n’ont calmé aucune angoisse ni rancoeur.

Ses adversaires couraient de set en set et son omniprésence lui rappelait sans cesse son absence.

Où était-il? Dans son palais. A Bruxelles. Loin. Il s’est déguisé en Zelensky. Peut-être qu’il s’ennuyait. Ces élections ? Une procédure, mais aussi une pensée.

Il a finalement marché dans l’arène comme il le fallait. Dans des débats publics, que ses adversaires dénonçaient comme préparés (en se gardant bien de le faire eux-mêmes) et qu’ils ne l’étaient pas du tout. Il est sorti avec honneur. Mais les médias, eux aussi vexés par son refus de se battre à la télévision, n’ont retenu que les points négatifs.

C’était comme une punition dont on ignorait l’origine, une sorte de défi : tu voteras pour moi malgré tout.

Ce n’était pas grave, il était déjà plié.

La folle campagne de 2017 était loin. Cinq ans plus tard, rien de surprenant et même l’enthousiasme des fans semblait exagéré. Absents des réseaux sociaux, où les fans de Zemmour et Mélenchon assemblaient le spectacle, les macronistes n’avaient que la consternation à offrir.

La retraite à 65 ans, une punition inexpliquée

Pour fragiliser le terrain droit, Macron a pris sa retraite à 65 ans. C’était un tissu rouge, un cadeau à ses adversaires qui le prenaient comme totem.

Il reste là.

65 ans, et puis plus rien. Dans une campagne, les propositions doivent se heurter, se frotter, se frotter à la fois à l’adversaire et à la population, évoluer, disparaître ou se casser. 65 ans : pour qui ? Car? Nous ne savions pas. C’était comme une punition dont on ignorait l’origine, une sorte de défi : tu voteras pour moi malgré tout.

La victoire a suivi, plus grande que prévu. Mais pouvons-nous tirer la gloire d’obtenir 58 % des voix contre le président du Congrès national ? De ce deuxième tour, au fond étroit, il n’a tiré aucune leçon.

La législature a gagné d’avance

Pire, il a recommencé. En choisissant un gouvernement où la compétence des ministres masquait mal leur faiblesse politique et, plus encore, l’impossibilité pour le président de faire bouger les lignes. Le voyant affaibli, ses adversaires ne lui ont pas fait le don de la concentration, notamment parce qu’ils connaissaient la faible valeur d’un Marocain avant les élections législatives.

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, l’électorat n’avait qu’une boussole : sa haine d’Emmanuel Macron.

Par nature, ou par mimétisme, Elisabeth Borne n’a fait campagne que pour le président. Les parlementaires de la Renaissance sont allés au front, sans enthousiasme et sans soutien. Macron leur a fait l’aumône avec des discours courts, trop alarmistes pour être crédibles.

Vous faites campagne sur le tarmac alors qu’il n’y a plus d’huile d’arachide ou de moutarde dans les rayons ? Comme cette campagne est ennuyeuse et comme ces vrais soucis sont tristes ! Quoi qu’il en soit, au moins je ne suis pas descendu sans m’expliquer d’abord. Une formalité !

Déteste comme un bulletin de vote

Léger, absent, lourd : Macron pensait gagner à Kyiv ou à Bruxelles. Se croyant irrésistible comme en 2017, il ignore la haine tenace suscitée par sa personnalité. Au point de faire de chacun de ces quatre tours un référendum progressiste contre lui. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, l’électorat n’avait qu’une boussole : sa haine d’Emmanuel Macron. Après sa victoire en 2017, il a dit vouloir tout faire pour que l’électorat “n’ait plus aucune raison de voter aux extrêmes”. En juin 2022, l’extrême gauche et l’extrême droite sont les principaux partis d’opposition. Et, surtout, le RN devance les républicains. L’échec est total.

Il serait injuste de tenir Macron seul responsable de ce nouveau désordre. Amorcée il y a trois décennies, la progression du Front national se poursuit et n’a pu, comme ses prédécesseurs, l’en empêcher. Observable dans la plupart des mouvements sociaux, la radicalisation de la gauche a désormais un rôle politique important, celui de la gauche d’opposition, qui a englouti la gauche gouvernementale. L’abstention progresse inexorablement, et la voie “raisonnable” du centre n’inspire plus grand-chose.

Demain, peut-être, le président trouvera-t-il une coalition inédite, “à l’allemande”, qui mettrait un terme à notre passion pour la majorité. Et il a pu, d’une pirouette, voir une adéquation avec sa volonté de s’unir. Mais pour quel projet ? Comme ses partisans, dont la déception équivaut à l’occasion manquée, Emmanuel Macron sait que cet échec est surtout le sien. C’est l’échec d’un fils gâté de la démocratie qui a trop cru à sa bonne étoile et a rejeté la violence d’une campagne électorale avant de la recevoir en boomerang.

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