En France, 5% des jeunes de 16 ans sont analphabètes

Un rapport de l’Éducation nationale fait état d’un chiffre inquiétant mais pas surprenant : le nombre de jeunes analphabètes dans le pays n’a pas changé depuis des années.

Ils ont 16 ans, ils sont français, mais ils ont du mal à lire un texte entier de plusieurs lignes. En France, le nombre de jeunes analphabètes est important : environ 35 000, soit 5 % de cette tranche d’âge. Une estimation inquiétante, publiée dans le récent rapport de l’Inspection générale de l’éducation, organisme relevant du ministère de l’Éducation nationale, qui précise également qu’environ un jeune sur dix connaîtrait “des difficultés sévères en lecture”.

À VOIR AUSSI – Covid-19 : “Chaque jour sans école, c’est un plus grand risque de décrochage”, prévient Gabriel Attal

Lire aussi Ecole : faut-il craindre une pénurie d’enseignants à la rentrée ?

L’étude note le manque de prise en charge de cette situation et le manque de “mise en place d’actions concrètes” pour lutter contre l’illettrisme. Au primaire comme à l’université, les “alertes” fournies par les enseignants et le personnel éducatif seraient “ignorées” et “les apprentissages essentiels seraient perdus”.

“Alertes ignorées”

Concernant les données, mais “constantes depuis la fin des années 80”, précise Claude Lelièvre, historien de l’éducation. « Depuis que le taux d’analphabétisme en France a été évalué, les chiffres sont les mêmes : 80 % de lecteurs satisfaits, 15 % en difficulté et 5 % complètement hors de portée », selon le spécialiste. Une stabilité “à la fois angoissante et rassurante : on n’avance pas mais on ne va pas dans un trou noir”, poursuit-il.

Lire aussi Les premiers pas examinés de Pap Ndiaye

En effet, dans un précédent rapport de 2015, les inégalités de niveau de lecture entre les différentes régions étaient à peu près similaires à celles présentées cette année. Avec 17,9 % de jeunes en difficulté de lecture dans l’Aisne, 11 en Seine-Saint-Denis, 4,6 à Paris, 28 % en Guadeloupe, 46,6 % en Guyane et 71,1 % à Mayotte, l’écart ne se referme pas. réformes nationales de l’éducation.

“5% irréductible”

“Ces disparités persistantes sur un même territoire prouvent une chose : l’analphabétisme n’est pas seulement dû aux méthodes d’enseignement, car elles fonctionnent très bien dans certaines régions et moins bien dans d’autres”, explique Claude Lelièvre. Selon l’historien, pour réduire ces « 5 % irréductibles », il est indispensable de comprendre que l’illettrisme est aussi le fait « d’une origine sociale, d’une culture, d’un rapport à l’écrit et d’une aisance à l’oral ».

Lire aussi « Nouveau gouvernement : derrière la stabilité, une pause scolaire »

Pourtant, le linguiste et analphabète Alain Bentolila y voit “en quelque sorte l’échec de l’Education nationale”. D’abord, parce que le ministère “continue de croire qu’il suffit de trouver le remède miracle et de changer de méthode pour résoudre le problème”. Ensuite pour la négligence de l’importance du passage de la maternelle à l’école primaire. “Quand on ne maîtrise pas le langage oral, c’est beaucoup plus difficile d’apprendre à lire ou à écrire”, déplore-t-il.

Lire aussi Présidentielle 2022 : vers un prix du mérite pour les enseignants

En revanche, le spécialiste regrette le manque de formation des enseignants aux méthodes d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. “Depuis près de 50 ans, nos professeurs sont formés par des universitaires qui ne savent pas ce que c’est que d’avoir à enseigner devant une classe de jeunes”, poursuit Alain Bentolila. Un constat également partagé dans le rapport, selon lequel l’analphabétisme serait lié à la formation des enseignants, et à une certaine “négligence et ignorance” de leur part.

Face à ce bilan périodique, le spécialiste tient à alerter : « Être analphabète aujourd’hui, c’est être crédule et vulnérable. C’est ne pas pouvoir exercer sa propre capacité à raisonner, à questionner. “C’est un vrai défi”, conclut-il. Aujourd’hui plus que jamais, être analphabète, c’est être voué à la soumission. »

À VOIR AUSSI – Rework : Qui est Pap Ndiaye, le nouveau ministre de l’Éducation nationale ?

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *