Pour Vladimir Poutine, seul l’intérêt de la Russie compte ! Le test? Après 22 ans au pouvoir, le président, qui touche l’équivalent de 10 000 euros par mois, n’a presque rien : un appartement de 77 m2 à Saint-Pétersbourg, un mobil-home et trois voitures… Personne n’y croit. Mais jusqu’à présent, il n’a jamais été possible de lier Vladimir Poutine au célèbre palais d’un milliard de dollars de Sotchi face à la mer Noire, ni à la vingtaine de propriétés de luxe qui lui sont attribuées. Officiellement, ses propriétaires sont de riches oligarques, des proches du président soupçonnés de jouer le rôle de proue.
Une fortune de 4,5 milliards d’euros
L’OCCRR (Organized Crime and Corruption Reporting Project), consortium de journalistes d’investigation associé pour l’occasion à Meduza, premier média indépendant russophone de Lettonie, vient de lever un petit coin du voile sur le “système Poutine”. Ses recherches de plusieurs mois [ICI, en anglais] a mis au jour une sorte de “coopérative” qui héberge 86 entreprises ou fondations, de domaines très différents, pour un poids de 4,5 milliards d’euros en immobilier, yachts, jets privés, actifs financiers…
Le « palais de Poutine », à la tête d’Idokopas en mer Noire, est estimé à plus d’un milliard d’euros. | CAPTURE YOUTUBE / NAVALNY.COM
Toutes ces sociétés utilisent le même serveur Web LLCinvest.ru et son e-mail privé, hébergé par une société informatique discrète appelée Moskomsvyaz. Heureusement, Moskomsvyaz est liée à la banque russe, qui a longtemps été appelée “la banque des amis de Poutine” en Russie…
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Comme c’est souvent le cas, tout a commencé par une « évasion » probablement volontaire. Des masses de données hébergées par Moskomsvyaz entre les mains des journalistes de l’OCRCR sont arrivées en septembre, dont des échanges de mails entre responsables, mais aussi les simples salariés des 86 entreprises et fondations. L’analyse des données montre que, bien qu’elles opèrent dans des zones reculées, ces entreprises interagissent régulièrement via le serveur LLCinvest.ru, comme si elles faisaient partie du même groupe.
Les proches de Poutine aux manettes
Malheureusement, bon nombre (mais pas toutes) de ces 86 entreprises et fondations appartiennent à des privilégiés de Poutine ou à des enfants de privilégiés de Poutine. Il y a des hommes qui ont accompagné la montée en puissance du futur tsar dans les années 1990 à Saint-Pétersbourg, et qui ont ensuite “gagné” leurs premiers millions lors des privatisations express de la fin de l’Union soviétique. Exemple? Yuri Kovalchuk, ami de Poutine, actionnaire majoritaire et président de la Banque de Russie. Ou Svetlana Krivonogikh, connue comme la maîtresse du maître du Kremlin.
Un palais, des vignes, une station de ski…
Heureusement, sous l’égide de LLCinvest, il existe également des sociétés qui gèrent des actifs qui ont longtemps été attribués à Vladimir Poutine mais qui appartiennent officiellement à d’autres. Ainsi le fameux “palais de Poutine” au bord de la mer Noire, inauguré par Alexeï Navalny, désormais opposé au goulag, dont la propriété est revendiquée par le milliardaire Arkadi Rotenberg, un vieil ami du tsar. Il y a aussi des vignobles voisins, la grande passion du président, propriété de l’oligarque Gennady Timchenko et du fils d’un ami d’enfance de Poutine. Ou la station de ski d’Igora, près de Saint-Pétersbourg…
Impossible de ne pas faire le lien entre la « coopérative » LLCinvest et les révélations en 2010 de Sergueï Kolesnikov. Déjà à cette époque, cet homme d’affaires qui avait fui la Russie pour toujours avait décrit et dénoncé un stratagème de corruption qu’il prétendait avoir conçu : il aurait permis à un groupe d’oligarques russes de lever des milliards de roubles dans une sorte de « fonds d’investissement » au profit de Vladimir Poutine…
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