Après une période de quatre semaines au cours de laquelle le nouveau gouvernement a été formé, l’exécutif est la cible des critiques de l’opposition.
A quelques jours du premier tour des législatives et cinq semaines après sa réélection, le silence d’Emmanuel Macron est assourdissant. Une “inertie” dénoncée par l’opposition, mais qui suscite aussi l’anticipation dans son propre domaine, alors que le président de la République reste à l’écart de son image de président hâtif et étranger de l’habituelle impulsion de la majorité en campagne.
Si plusieurs déplacements ont marqué la fin de son premier mandat, le président a largement consulté depuis pour remettre de l’ordre dans sa majorité à l’approche des élections législatives des 12 et 19 juin et préparer son action future. La guerre d’Ukraine a également continué d’occuper une place prépondérante dans son agenda, tout comme l’Europe avec un discours ambitieux sur l’avenir du projet européen le 9 mai à Strasbourg.
Pas de poussière
Après un discret week-end de l’Ascension, marqué par des échanges téléphoniques internationaux, dans sa résidence de Brégançon al Var, le chef de l’Etat reviendra à Bruxelles pour un sommet européen lundi et mardi, après quoi il repartira en France, raconte-t-on à son entourage, refusant toute immobilité.
De son côté, le président de l’Institut Elabe, Bernard Sananès, s’est « étonné du décalage entre la volonté d’Emmanuel Macron avant la présidentielle de gouverner jusqu’au dernier moment, et l’impression aujourd’hui, à première vue, qu’il tarde à redémarrer. “
Contrairement à François Mitterrand ou Jacques Chirac, il n’a certes pas été réélu au terme d’une cohabitation et, donc, son second quinquennat s’inscrit tout naturellement dans la continuité du premier. “Mais on ne sent pas ce nouvel élan et on voit que les Français sont assez critiques”, estime Bernard Sananès.
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« Peupler le vide »
La nomination d’un nouveau gouvernement, qui devait donner le ton, est intervenue quatre semaines après la victoire présidentielle, un nouveau temps inédit, laissant Jean-Luc Mélenchon et son syndicat de gauche presque seuls devant la scène.
Le président a sans doute voulu jouer à temps pour ne pas exposer la nouvelle équipe trop tôt avant les législatives, estiment les experts.
“Cela nous permet d’éviter un certain nombre d’attaques, de combler le vide, puis de pousser un soupir de soulagement”, a déclaré Benjamin Morel, professeur à l’Université de Paris.
Mais dans cette “période de relative lenteur”, cette perspective s’est rétrécie “comme une goutte à goutte”, estime-t-il. Le gouvernement d’Elisabeth Borne, dont les poids lourds étaient déjà présents dans l’acte I, a été largement perçu comme un changement de continuité.
Elle suscite peu d’enthousiasme chez les Français, qui se disent mécontents à 58% de sa composition, selon un sondage Ifop-Fiducial de Sud-Radio publié vendredi.
“Vacance de pouvoir”
La plupart des nouveaux ministres sont inconnus, et le plus souvent, leur nomination est perçue comme une mauvaise décision plutôt que comme une bonne, selon une enquête Odoxa – Backbone Consulting réalisée pour Le Figaro.
A deux semaines des élections législatives, cette lenteur inquiète la majorité. “Il n’y a pas d’importance politique (direction, ndlr)”, déplore une source parlementaire dans La République en marche (LaREM), qui a appelé à “intensifier le jeu”.
Les allégations de viol contre le nouveau ministre des Solidarités Damien Abad, un prix de guerre LR destiné à capter l’électorat de droite, ont également fait froid dans le dos.
Abad, “contamine tout, en particulier la séquence Borne”, a déclaré la source parlementaire, bien que le parquet de Paris ait indiqué qu’il n’ouvrait pas d’enquête préliminaire “en l’état”.
L’absence de “dynamique” se traduit par les intentions de vote d’une petite majorité dans le camp présidentiel (295 contre 335 sièges sur 577 selon un sondage OpinionWay pour Les Echos du 25 mai).
Pendant ce temps, l’opposition se frotte les mains. Au camp samedi à Hénin-Beaumont (Pas de Calais), Marine Le Pen (RN) a relevé “un sentiment de vide de pouvoir”.
“Tout cela est extrêmement lent, alors que la situation de nombreux Français est critique et urgente” en termes de pouvoir d’achat, a-t-il dit.
Macron est “inerte”, “son gouvernement est bien éteint”, renchérit le centriste Jean-Christophe Lagarde (UDI), allié des Républicains.
Article original publié sur BFMTV.com
VIDÉO – Jean-Michel Aphatie : “Nommer Elisabeth Borne n’est pas frappant, mais c’est sans danger”