Pour ne rien rater de l’actualité africaine, abonnez-vous à la newsletter “Monde Afrique” depuis ce lien. Tous les samedis à 6h du matin, retrouvez une semaine d’actualités et de débats couverts par la rédaction de “Monde Afrique”.
Un homme inspecte les débris causés par la frappe aérienne qui a touché Makale, la capitale de la région du Tigré dans le nord de l’Éthiopie, le 26 août 2022. TIGRAI TV/VIA REUTERS
L’escalade militaire se poursuit dans le nord de l’Éthiopie. Trois jours après la reprise des combats dans la région du Tigré, qui a mis fin à une trêve de cinq mois entre les rebelles du Tigré et les autorités d’Addis-Abeba, la province a connu un violent affrontement le vendredi 26 août, avec le bombardement meurtrier d’une école à Makale. , la capitale provinciale du Tigré.
En fin de matinée, l’armée de l’air éthiopienne a mené une attaque aérienne sur la ville, fief des insurgés du Front populaire de libération du Tigré (FPLT), en guerre contre le pouvoir central depuis novembre 2020. La grève a eu lieu est tourné au Red Kids Paradise Kindergarten, une école maternelle. Des images diffusées par la télévision tigréenne montrent des corps allongés sur le sol, l’école soufflée par l’impact. Kibrom Gebreselassie, directeur de l’hôpital Ayder, le plus grand de la ville, a déclaré que son établissement avait enregistré quatre décès, dont deux enfants, et neuf blessés.
Lire aussi : En Éthiopie, l’aviation bombarde la capitale de la région rebelle du Tigré
Quelques heures après l’attentat, le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed a publié un communiqué de presse accusant “la cabale des FPLT de poursuivre ses attaques”. En conséquence, l’armée éthiopienne “menera des actions visant ses forces militaires”, prévient-elle, tout en ordonnant aux populations tigréennes “de rester à l’écart des équipements militaires et des centres d’entraînement des FPLT”. Addis-Abeba sait cependant que cet avertissement est inaudible dans le Tigré, privé d’électricité et de télécommunications depuis plus d’un an.
Crainte d’une “confrontation de masse”
Une telle attaque contre les populations civiles marque-t-elle le début d’un nouveau conflit de grande ampleur, alors que les combats de ces derniers jours sont restés confinés au sud du Tigré ? “Jusqu’à vendredi, je pensais que le gouvernement éthiopien et le FPLT s’affairaient à de grandes manœuvres militaires, mais après cette frappe aérienne, j’ai bien peur que nous ayons atteint un point de non-retour”, explique un politicien tigréen en exil, qui veut rester anonyme
Cette nouvelle flambée de violence risque d’enterrer les espoirs de paix entretenus par la communauté internationale depuis cinq mois, ajoute un diplomate occidental en poste en Ethiopie, qui redoute désormais “une confrontation massive”. Engagés dans une trêve humanitaire depuis mars, les deux parties ont alors entamé des pourparlers timides. Malgré quelques gestes de bonne volonté – la reprise de l’aide alimentaire au Tigré et la libération des prisonniers de guerre – les deux camps n’ont jamais pu se réunir autour de la même table.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Éthiopie, après une trêve de cinq mois, les combats ont repris au Tigré
D’autres frappes aériennes ont eu lieu ce vendredi sur le front sud, dans la région de Raya Azebo, où se concentrent la plupart des affrontements récents. “Cette zone disputée entre le Tigré et la région voisine d’Amhara est d’une importance capitale pour le FPLT, car c’est aujourd’hui le seul grenier de la province”, explique un travailleur humanitaire en poste en Éthiopie. La prochaine récolte n’aura lieu qu’en octobre dans le Tigré, où 47% de la population est déjà en situation d’insécurité alimentaire aiguë, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).
jeu de dupes
La région vivait jusqu’à présent sous l’infusion de convois d’aide alimentaire, mais ceux-ci sont désormais interrompus par la reprise des combats. Mercredi 24 août, dans un entrepôt de Makalé, des militaires du FPLT ont également confisqué 570 000 litres de carburant que la partie tigréenne avait initialement cédés au PAM pour effectuer la distribution de l’aide alimentaire. Un acte “scandaleux et honteux”, a dénoncé le directeur du PAM, David Beasley. “Cela souligne qu’un conflit à grande échelle se prépare”, déclare un diplomate à Addis-Abeba.
Dans une rare prise de parole publique sur le sujet, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, lui-même originaire du Tigré et ancien cadre du FPLT, a confié avoir perdu le contact avec ses proches dans ce qu’il qualifie de « la pire des catastrophes”. dans le monde.” “Je ne peux pas leur envoyer d’argent. Ils ont faim, je le sais. Je ne peux pas partager avec eux ce que j’ai, car ils sont complètement isolés. Je ne peux pas leur parler. Je ne leur ai pas parlé depuis longtemps”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse au lendemain de la reprise des hostilités.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Éthiopie, après une trêve de cinq mois, les combats ont repris au Tigré
Du côté des belligérants, un jeu de dupes s’est engagé, chacun s’efforçant d’apparaître aux yeux des partenaires étrangers comme encore ouvert à d’hypothétiques négociations. « Que la communauté internationale arrête de chouchouter Abiy, fasse pression sur le régime [éthiopien] et pousser à des négociations de bonne foi », a tweeté Getachew Reda, le porte-parole des insurgés du Tigrin. « Nous appelons la communauté internationale à contraindre le FPLT à rejoindre l’option pacifique proposée par notre gouvernement », selon un communiqué des autorités Le nord de l’Éthiopie, cependant, semble déjà avoir sombré dans une guerre fratricide.
Noé Hochet-Bodin (Nairobi, correspondance)