Jacques Bouthier, accusé de « viols sur mineurs » et de « traite des êtres humains », se rendait régulièrement à Tanger. Là, elle aurait ciblé de nombreuses jeunes femmes précaires.
Une semaine après la détention provisoire de Jacques Bouthier, accusé de viols sur mineurs et de traite des êtres humains, le dispositif mis en place par l’ancien patron d’Assu 2000 pour avoir des relations sexuelles avec de très jeunes femmes prend forme.
“Il est venu faire ses courses au Maroc”
Désormais, les yeux sont tournés de l’autre côté de la Méditerranée, plus précisément à Tanger, la ville portuaire du Royaume du Maroc, où se trouve un centre d’appels Assu 2000. Jacques Bouthier, en sa qualité de société de gestion, est là. est allé régulièrement. Pour rendre visite à leurs équipes, mais aussi pour identifier de nouvelles victimes, plusieurs anciens salariés du centre d’appels ont assuré à BFMTV.
« En fait, elle avait l’habitude de venir faire du shopping au Maroc. Son type était des femmes marocaines jeunes, minces et plutôt petites. Elle passait beaucoup de temps sur le standard (…) mais flirtait avec tout ce qui bougeait. ensembles et est allé voir les filles et les a invitées dans un village », a déclaré Khamisse, un ancien employé et directeur d’Assu 2000 à Tanger.
Un témoignage corroboré par Ghita, qui a également travaillé pour Assu 2000 à Tanger. “J’ai reçu rapidement plusieurs plaintes. Peut-être une dizaine. Les filles se sont plaintes de l’attitude de Jacques Bouthier. Elles m’ont dit : “Il m’a touché les seins, les fesses. Il n’est jamais allé au commissariat. en charge, et ils m’ont dit : « Nous n’avons pas à nous en soucier. Nous devons le minimiser », a-t-elle déclaré.
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L’attitude du patron était devenue tellement problématique que Ghita a été contraint à l’époque de mettre en place des stratégies pour empêcher tout contact avec Jacques Bouthier.
“Je conseillais aux filles d’aller aux toilettes ou de faire une pause quand il venait sur le plateau”, se souvient-elle. De son côté, Khamisse raconte que Jacques Bouthier aimait organiser des défilés de mannequins de la célèbre marque de sous-vêtements Victoria’s Secret dans un village.
C’est l’image d’un chef d’entreprise considérant ses salariés comme autant de proies à accaparer qui se dessine peu à peu. Ses visites à Tanger étaient également régulières, une fois par trimestre. Et le call center n’était pas son seul terrain de chasse. Jacques Bouthier a également organisé des séminaires et diverses rencontres dans le royaume chérifien, à Fès, Ouarzazate et Marrakech.
Les très jeunes femmes précaires comme cibles
En France, l’affaire Jacques Bouthier a commencé par le témoignage d’une jeune fille de 22 ans, “recrutée” par le millionnaire alors qu’elle était mineure, en grande difficulté personnelle et familiale. Soit le même profil que le jeune de 14 ans qui lui a succédé. Au Maroc, l’ancien patron d’Assu 2000 a aussi profité de sa fortune et de sa position pour embarquer sur ses genoux des jeunes femmes aux moyens financiers limités et parfois incapables de se permettre de rejeter leurs propositions. “C’était son terrain de chasse préféré”, a confié un ancien cadre à BFMTV.
“Il faut comprendre qu’ici au Maroc, c’est très difficile de trouver un travail. La plupart des filles n’étaient pas de Tanger mais elles étaient venues travailler pour Assu 2000. Et la plupart envoyaient de l’argent. De l’argent à leurs familles. Si elles ont perdu leur emploi. travail, c’était dramatique. Jacques Bouthier le savait et s’en est servi. Il a choisi ses victimes. Il est allé principalement au service normal parce que là, ce sont les filles les plus jeunes., 19 à 26, peut-être 27 ans. instruites. Celles qui peuvent moins dire « non » », déclare Ghita.
Plus pernicieux encore, Jacques Bouthier a organisé dans son entreprise des concours masqués pour pouvoir partir en vacances avec, encore une fois, de très jeunes femmes. Khamisse se souvient avoir remporté un concours interne à Assu 2000 grâce aux nombreux contrats qu’il a signés. En jeu? Un séjour de cinq jours au Mexique tous frais payés. “Mais ils ont changé les règles pour que je n’y aille pas. En fait, c’était parce que je ne voulais que des filles pour ces voyages”, dit-elle aujourd’hui.
Relations avec la police locale ?
Lors d’un échange SMS avec son ancien patron, Khamisse reçoit également des menaces à demi-voix de Jacques Bouthier, suggérant des méthodes qui pourraient être déployées par celui qui n’a pas hésité à monter un commando au début de la guerre. vidéo où on le voit au lit avec une fille de 14 ans.
“Si vous persistez à nous harceler, vous nous obligerez à vous donner une bonne leçon. (…) Je n’aime pas les voleurs. Vous voulez que je le dise à mes amis de la police de Tanger”, lance-t-il. Jacques Bouthier prévient dans un échange de messages que BFMTV a pu consulter.
De quels “amis de la police de Tanger” parlait le septuagénaire ? A-t-il bénéficié de privilèges dans l’administration locale pour sa fortune ? A-t-il soudoyé des policiers ? Autant de questions qui permettent de se poser le travail de recherche colossal qui attend les chercheurs, sur cette problématique qui s’étend désormais de part et d’autre de la Méditerranée. Ghita l’assure : « Il a clairement fait savoir qu’il avait de l’argent et qu’il pouvait acheter tout ce qu’il voulait, y compris la police.
Démontrant l’impunité dont Jacques Bouthier croyait avoir bénéficié, il a même profité d’une réception organisée au consulat de France à Tanger pour tenter d’approcher une nouvelle victime. C’est ce qu’assure sur BFMTV Nour (le prénom a changé) un jeune Marocain licencié en novembre 2021 d’Assu 2000 pour avoir repoussé les avances du grand patron.
Lors d’une réception donnée à la représentation française dans la ville marocaine, Jacques Bouthier avait dit à Nour : “Tu es belle, tu mérites d’être traitée comme une reine”, avant d’évoquer “des petites cachettes” au consulat.
Pour Ghita, le comportement de Jacques Bouthier envers les jeunes femmes marocaines témoigne d’une certaine vision du monde. “Je ne sais pas si on peut parler de racisme. Je dirais plutôt qu’il avait une attitude néocoloniale. (…) Il se fichait du consentement. Il disait : ‘Les femmes marocaines sont des filles en or. Je veux juste l’argent.’
Article original publié sur BFMTV.com
VIDÉO – Cas de Jacques Bouthier : le témoignage effrayant d’un ancien employé d’Assu2000