Le rédacteur en chef Pierre Belfond est mort

Pierre Belfond, Paris, 1993. JOHN FOLEY / OPALE

Qui pourrait acheter un livre pour 1 million de dollars et pas une seule ligne ? Pierre Belfond. L’histoire se déroule en 1988. Les héritiers de Margaret Mitchell décident de donner une suite à What the Wind Gone, afin de ne pas perdre les droits du célèbre best-seller d’avant-guerre. Les enchères sont mondiales et après plusieurs tours en France, seules deux maisons d’édition restent en compétition : Robert Laffont et Pierre Belfond. Ce dernier gagne, grâce au billet de 1 $ ajouté. Robert Laffont avait fait une offre de 1 million et Pierre Belfond l’avait anticipée.

Un million plus un dollar pour 500 pages blanches, le pari était audacieux ou fou. Pour ne pas perdre d’argent dans cette opération, Pierre Belfond, décédé mardi 24 mai, à l’âge de 88 ans, à son domicile de La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), a dû vendre au moins 300.000 exemplaires à un librairie, 500 000 en poche et un million dans le club. Pierre Belfond et sa femme Franca, qui le soutiennent depuis la création de sa maison en 1963, avaient fait et refait les calculs. En septembre 1991, lors de la parution de Scarlett d’Alexandra Ripley, cette suite tant attendue, écrite par un inconnu, devait être un véritable succès, avec 470 000 exemplaires vendus en trois mois, et de fait le livre était une opération blanche pour Belfond.

La base de la norme de gestion

Mais entre-temps, Pierre Belfond n’est plus propriétaire de la maison qui porte son nom, ni du petit groupe qu’il a formé autour d’elle, avec les filiales (Presses de la Renaissance, Pré aux clercs, Chemin vert, Acropole) . Le tout est revendu en janvier 1991 aux Editions Médicales Masson, actionnaire depuis 1989. C’est l’effondrement d’un château de cartes pour ce joueur impénitent qui avait érigé le nerf en règle générale.

Pierre Belfond publie des textes à l’eau de rose pour financer des projets plus ambitieux

Rien ne prédisposait à l’origine Pierre Belfond, né le 25 août 1933 à Paris, à poursuivre une carrière dans l’édition. Il avait étudié le droit et sa femme Franca, la biologie, mais pendant les vingt-neuf mois qu’il passa en Algérie pour le service militaire, Franca, qui l’avait accompagné, travailla dans une librairie. A leur retour, dans un 40 m2, rue Guisarde, dans le 6ème arrondissement de Paris, ils ont l’idée de rééditer des classiques introuvables, dans une collection “Pocket Club” unique et à petit prix. Cela va des Chants de Maldoror, de Lautréamont, aux Amours jaunes, de Tristan Corbière, en passant par Le Dernier jour d’un forçat, de Victor Hugo.

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