Le RN finit par réagir sur le droit à l’IVG, une question “instrumentalisée”.

STEPHANE DE SAKUTIN par l’intermédiaire des cadres de l’AFP RN Jordan Bardella et Marine Le Pen en février à Reims.

POLITIQUE – Depuis ce vendredi 24 juin, toute la classe politique française dénonce la révocation du droit à l’avortement par la Cour suprême des États-Unis et clame son inquiétude face à cette régression. Tout? Non, il y a un parti qui est resté très discret pendant de longues heures : Le Rassemblement National.

L’exécutif du parti, son président en l’occurrence, Jordan Bardella, a mis plus de 24 heures pour assurer qu'”aucun mouvement politique sérieux en France ne remet en cause la loi Veil, un atout à protéger”. Pour l’eurodéputé, “le gouvernement exploite ce qui est inclus dans la politique intérieure américaine pour se moquer” d’autres questions que le pouvoir d’achat ou l’immigration.

Aucun mouvement politique sérieux en France ne remet en cause la loi Veil, acquise pour être protégée. Le gouvernement instrumentalise ce qui relève de la politique intérieure américaine pour s’amuser : où en sont ses plans de contingence pour le pouvoir d’achat et contre l’immigration ?

— Jordan Bardella (@J_Bardella) 25 juin 2022

Quelques heures plus tôt, la majorité et la gauche avaient annoncé vouloir garantir l’accès à l’avortement en l’inscrivant dans la Constitution. Plusieurs personnalités républicaines ont appelé à “préserver ce droit fondamental”.

C’est le cas, par exemple, d’Éric Ciotti, le député des Alpes-Maritimes, qui parle d’un “déclin terrible” ou de Valérie Pécresse, outrée par une “régression inquiétante et choquante des libertés”. Plus à droite, la députée Emmanuelle Ménard a également réagi en pointant une atteinte “aux libertés de toutes les femmes américaines, quelles que soient leurs convictions”.

Honte au RN ?

L’un des rares élus RN à s’être exprimé directement ou indirectement sur le sujet est le (nouveau) député Philippe Ballard, invité ce samedi matin sur franceinfo. Interrogé sur la décision historique de la Cour suprême, le porte-parole du parti d’extrême droite l’a contacté, refusant de discuter de la politique américaine.

“Je suis un député français, je suis le porte-parole d’un parti politique français, nous sommes des souverainistes, nous ne nous mêlons pas des affaires étrangères”, a-t-il répondu, comme vous pouvez le voir ci-dessous (à partir de 1h50).

Une petite pirouette qui témoigne de la honte du Rassemblement national ? Force est de constater que les cadres du parti lepéniste ont été moins modestes dans leurs commentaires sur l’actualité nationale américaine lorsqu’ils ont remis en cause l’élection de Joe Biden face à Donald Trump, qui a rendu possible ce spectaculaire revers de l’avortement aux États-Unis.

En effet, il est difficile de condamner les conséquences d’une politique et des choix faits par un homme pris comme modèle, ou comme source d’inspiration. Ainsi, au lieu de s’attarder sur la bienveillance de sa formation politique envers le milliardaire américain lorsqu’il était au pouvoir, Philippe Ballard est immédiatement revenu sur la position “claire” défendue par Marine Le Pen sur l’avortement : le statu quo.

“La loi du Voile, n’y touchons pas”, avait-il déjà lancé, avant de confirmer “c’est la position du parti” quand le journaliste sur le plateau lui demande de confirmer s’il parle d’autorisation de l’IVG “quoi qu’il arrive” . Mais cette position, défendue par le chef du Rassemblement national depuis sa campagne de 2017, n’a pas toujours été aussi claire.

Les turpitudes de Le Pen

Au contraire, le FN (devenu RN) a longtemps été radicalement anti-IVG sous l’égide de Jean-Marie Le Pen. Il est vrai que Marine Le Pen s’est fait remarquer en 2002 par la ligne dure incarnée par son père, qui prônait l’abrogation des lois en faveur de l’avortement, mais la dauphine aux deux dernières présidentielles a souvent pris une position ambiguë.

En 2012, lors de la campagne présidentielle, par exemple, elle utilisait le terme “avortements de confort” en référence aux “femmes qui ont avorté deux, trois, quatre fois” et qui feraient de l’avortement une sorte de “contraception moyenne”. Elle fait même planer le spectre d’une restriction des remboursements. “Avorter trois ou quatre fois de suite ne doit pas peser économiquement sur la collectivité nationale, à l’heure où un Français sur trois n’est pas soigné correctement”, déclare-t-elle lors d’une conférence animée par le magazine Elle à Science Po, comme vous. . peut être vu ci-dessous (à partir de 14 ′).

Depuis, Marine Le Pen, soucieuse de “normaliser” son image, a mis ce vocabulaire de côté… malgré les mauvais traitements infligés à sa nièce Marion Maréchal en 2017, alors toujours favorable à l’abandon du “remboursement intégral et de l’IVG illimitée”. Une sortie publique qui aura valu à l’ancien cadre du RN, désormais à la Reconquête, une sévère remise en question.

“Chacun peut revoir ses positions”, a déclaré aujourd’hui Philippe Ballard pour justifier le changement de pied de la tête du RN dans dix ans. Mais jusqu’à quel point ? Le mythe national, absent des débats médiatiques depuis la décision historique de la Cour suprême américaine, devra sortir du bois et trancher sur l’ambition des élus des Nupes et de la majorité d’inscrire l’accès à l’avortement dans le Constitution. . Et votre vote sera contrôlé.

Voir aussi Le HuffPost : Le droit à l’avortement dans la Constitution ? LREM piégé par ses anciens vœux

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