Législatives 2022 : Que se passera-t-il si Emmanuel Macron n’obtient pas la majorité absolue à l’Assemblée nationale ?

C’est le pire scénario pour la macronie, encore impensable il y a quelques semaines. Le président de la République et ses partisans ne peuvent obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale lors des élections législatives des 12 et 19 juin.

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Les instituts de vote estiment désormais que le parti présidentiel et ses alliés pourraient avoir moins de députés que les 289 requis. Harris accorde ainsi entre 285 et 335 sièges à Ensemble, qui réunit La République en marche, le MoDem, Agir et Horizons, les quatre principales composantes de la majorité présidentielle. Ipsos prévoit 275 à 315 sièges et Ifop 250 à 290 sièges.

Qu’en est-il d’Emmanuel Macron et de ses troupes ? Pas vraiment. Les principaux acteurs ne misent pas sur ce scénario. “Ce n’est pas l’hypothèse la plus probable de notre point de vue”, a déclaré l’entourage du chef de l’Etat.

“Nous pensons que la majorité présidentielle aura une majorité absolue.”

Un proche d’Emmanuel Macron

un franceinfo

Même son de cloche chez les candidats de campagne. “Les Français donneront cette majorité au président, je ne méprise pas la dynamique du Nupes, mais je trouve les projections totalement délirantes”, estime Victor Albrecht, candidat LREM dans l’Yonne. “Les sondages occultent la personnalité des candidats et oublient qu’un grand nombre de députés En Marche ont fait du terrain et sont repérés par les citoyens”, déplore Anne-Laure Cattelot, candidate à la réélection dans le Nord.

Si, par conséquent, le scénario n’est pas favorisé par la macronie, la vérité est qu’il doit être envisagé, au vu des derniers sondages. En cas de majorité relative, les partisans du chef de l’Etat à l’Assemblée seraient contraints de trouver des députés de l’opposition disposés à voter sur les projets de loi. Une situation loin d’être problématique, selon un conseiller exécutif.

“En cas de majorité relative, ce sera à nous de nous regrouper davantage à la recherche des républicains de droite ou de gauche. Et même s’ils sont 30 députés, nous les trouverons pour des majorités de projet.”

Un conseiller exécutif

un franceinfo

Selon la même source, “cela impliquera plus d’engagements et une petite révision du calendrier approprié”. Par conséquent, les négociations pourraient prendre plus de temps pour rassembler les députés de l’opposition. Une situation inédite ? “Cela nous est simplement venu à l’esprit en 1988, a déclaré le politologue Pascal Perrineau. Il a provoqué un élargissement du gouvernement et des négociations, pas une impasse.”

Pour le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, il serait cependant hasardeux de caler le précédent de 1988 sur la situation actuelle. “A l’époque, ils disposaient sans aucune limitation de l’article 49.3 [qui permet au gouvernement de faire passer le texte qu’il présente, sans vote, sous couvert du rejet de la motion de censure qu’un dixième de l’Assemblée se doit de déposer]. Cependant, il est désormais limité dans son application à certains textes financiers ou à un texte par session.

Dès lors, il y a un vrai risque pour la plupart d’être dans l’impasse, en cas de majorité relative, argumente Jean-Philippe Derosier.

“Cela ouvre la possibilité d’un gouvernement obstrué et entravé qui ne peut pas mener à bien toutes les réformes qu’il souhaite. Cela rend le besoin d’un gouvernement beaucoup plus négociateur et diplomatique.”

Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste

un franceinfo

“Ce sera un peu plus dur que prévu, bien sûr, mais je ne suis pas sûr que cela nous empêchera d’agir”, a déclaré Damien Adam, député LREM de Seine-Maritime, candidat à sa réélection. Pour Pascal Perrineau, la situation pourrait aussi avoir quelques avantages. “Nous entrons dans une vraie culture de l’engagement parlementaire, qui n’est pas seulement bancale”, a déclaré le politologue, tout en reconnaissant que “39 députés” étaient recherchés. [l’hypothèse basse de l’Ifop]ce sera très compliqué ».

Une chose ressort cependant des différentes projections des instituts : les Nupes auront un groupe important de députés et déplaceront le centre de gravité de l’Assemblée beaucoup plus à gauche que lors de la précédente législature. Au sein des Nupes, c’est la France insoumise qui l’emportera et devrait sensiblement augmenter son groupe de 17 députés.

Même en cas de majorité absolue, cette nouvelle d’un groupe LFI fort inquiète beaucoup les députés LREM. “Quand on voit leur capacité à paralyser l’Assemblée nationale à 17 ans, j’imagine que ça pourrait être à 50, 60 ou 70…”, pointe le député Jean-René Cazeneuve, également en campagne pour un second mandat.

“Les rebelles ont une culture de guérilla parlementaire. S’ils veulent nous faire la guerre pendant cinq ans, ce sera compliqué.”

Victor Albrecht, candidat LREM dans l’Yonne

un franceinfo

Pour Fabien Gouttefarde, député européen de Lure dans l’Eure, “cela va aussi nous impliquer ‘musclé’ de manière doctrinale”. Et le candidat de conclure : “Si les prédictions qu’ils nous font se confirmer, cela va fortement polariser les débats. Il y aura du sport.”

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