Des manifestants tentent de se rassembler pour la marche des fiertés, interdite par les autorités locales, dans le centre d’Istanbul, en Turquie, le 26 juin 2022. UMIT BEKTAS / REUTERS
La police turque poursuit ses tentatives d’intimidation des personnes LGBT+ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres…). Peu avant le début de la marche des fiertés à Istanbul, dimanche 26 juin, la police anti-émeute a pris d’assaut plusieurs bars du quartier de Cihangir, autour de Taksim, et arrêté des personnes “au hasard” qui s’y rendaient pour en trouver. L’ONG Kaos GL, qui milite pour la promotion et la protection des personnes LGBT+, a dénombré “plus de 150 personnes” détenues. Amnesty International a appelé à sa “libération inconditionnelle et immédiate”. Selon plusieurs témoins, la police a tenté d’empêcher la presse de filmer les arrestations.
Bülent Kiliç, photographe expérimenté et primé de l’Agence France-Presse, habitué des zones de conflit, a été menotté dans le dos, s’est fait arracher son T-shirt et emmené avec d’autres personnes dans un fourgon de police. Il avait déjà été arrêté en 2021 dans les mêmes circonstances.
Balade interdite
La marche des fiertés d’Istanbul, dont la première édition a eu lieu en 2003, est officiellement interdite depuis 2015 par le gouverneur de la ville, officiellement “pour des raisons de sécurité”, après un défilé spectaculaire en 2014 de plus de cent mille personnes à Istanbul. .
Cette année, des centaines de manifestants ont défié l’interdiction en agitant des drapeaux arc-en-ciel dans les rues adjacentes à la célèbre place Taksim, totalement fermée au public. En chantant “Le futur est bizarre”, “Tu ne seras jamais seul”, ou encore “On est là, on est pédé, on ne disparaîtra pas”, les manifestants ont ensuite défilé pendant un peu plus d’une heure dans les rues du quartier de Cihangir. soutenus par des riverains suspendus aux fenêtres.
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Stigmate
Vendredi, la commissaire européenne aux droits de l’homme, Dunja Mijatovic, avait appelé “les autorités d’Istanbul à lever l’actuelle interdiction de la marche des fiertés et à assurer la sécurité des manifestants pacifiques”. “Les droits humains des personnes LGBT en Turquie doivent être protégés”, a-t-il ajouté, appelant à la fin de [leur] stigmatisation ».
L’homosexualité, décriminalisée en Turquie depuis le milieu du XIXe siècle (1858), n’y est pas interdite, mais reste largement sujette à la désapprobation sociale et à l’hostilité du parti islamo-conservateur, l’AKP, ainsi que du gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan. Dans le passé, un ministre avait qualifié les homosexuels de “fous”.
En 2020, la plateforme Netlix, qui avait prévu de produire une série à caractère gay en Turquie, n’avait pas reçu le feu vert des autorités et avait été contrainte de démissionner. La même année, la marque française d’équipements et de vêtements de sport Decathlon avait fait l’objet d’appels au boycott dans le pays pour avoir transmis, dans ses campagnes, des messages de soutien et de tolérance aux communautés LGBT+.
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Le monde avec l’AFP