Coup d’Etat à la CGT. Son secrétaire général, Philippe Martinez, en poste depuis février 2015, a annoncé mardi qu’il ne se représenterait pas au prochain congrès de la confédération prévu en mars 2023 à Clermont-Ferrand. Il avait jusqu’en juillet pour prendre sa décision. Le dirigeant de la CGT a expliqué aux quelque 50 membres du comité exécutif (CE), la direction élargie, qu’il ne laisserait sa responsabilité “ni forcée ni forcée”, alléguant avoir pris sa décision en 2018.
Ces déclarations sont à mettre en parallèle avec les critiques du manque de démocratie qui lui sont faites avec force en interne, notamment lors de la dernière réunion de son comité national confédéral (CCN), le “parlement” du central, où s’assoit le numéros un. fédérations et syndicats départementaux. “Je ne suis pas fatigué, je ne suis pas fatigué, je ne suis pas fatigué”, a insisté Philippe Martinez. Le syndicaliste, qui aura 62 ans le 1er avril 2023, a précisé qu’il ne prendra pas sa retraite car il “a fait un peu d’études” et que lorsqu’il sera détaché de Renault, “il demandera à être réintégré”.
« Franchir une nouvelle étape »
La numéro un de la CGT a présenté suite à son annonce la numéro un de la fédération de l’enseignement, de la recherche et de la culture, Marie Buisson, pour lui succéder. Non sans d’abord insister sur la nécessité de « franchir une nouvelle étape, donner un signal fort à tous les syndicalistes, à tous les militants, avec l’élection d’une femme pour la première fois ».
“Marie a démontré ses qualités de leader à la tête de sa fédération, ainsi qu’au sein de notre direction nationale. Sa pugnacité et son énergie sont, je pense, saluées de tous”, a insisté Philippe Martinez. Si son candidat était élu, il réussirait là où Bernard Thibault avait échoué. En 2012, le CCN avait rejeté la candidature de Nadine Prigent, obligeant Bernard Thibault à réviser sa copie. Mais le choix de Marie Buisson n’est pas acquis.
Bon tactique, Philippe Martinez a commencé à avancer ses pions ce mardi. Pour ne rien arranger, même si un tel vote n’a aucune valeur statutaire – c’est le CCN qui choisit le secrétaire général – et si son résultat a été annoncé sans surprise, il a eu le vote du CE. Résultat : 32 votes pour, 3 votes contre, 3 abstentions, 3 personnes qui n’ont pas participé au vote. Selon nos sources, les critiques qui ont été exprimées portaient sur la méthode. Et ce n’est pas fini, le leader de la CGT n’a pas pris le temps de consulter les organisations avant de proposer son candidat.
Organisation facturée
Le vote du comité exécutif ne détermine pas comment sera reçue la candidature de Marie Buisson pour l’organisme puisqu’elle est présentement fracturée. Ce n’est pas en vain qu’elle a insisté devant le CE sur l’importance pour elle d’avoir une équipe où des avis divergents peuvent s’exprimer, selon nos sources. Ce qui est certain, c’est que son profil interroge au-delà des opposants à Philippe Martinez, nostalgique de la précaution du mur de Berlin.
Elle est issue d’une toute petite fédération – 25 000 adhérents quand la CGT en compte plus de 600 000 – qui, si elle domine le secteur culturel et pèse dans la recherche, dépasse à peine 6 % dans l’enseignement. Inconnue de plusieurs, Marie Buisson n’a jamais été impliquée dans des négociations ou de grands dossiers.
La seule chose qui lui importait était la colère des fédérations industrielles : celle du collectif “Never Again”, avec notamment Greenpeace, dont la première déclaration était sans nuances sur l’énergie nucléaire comme industrie polluante. Mais en même temps, Philippe Martinez a assumé pleinement ses responsabilités et les questions environnementales sont un dossier dont la CGT sait qu’il est comme d’autres voué à se saisir.
Construire une alternative
S’il y a opposition à la candidature de Marie Buisson, encore faudra-t-il construire une alternative, qui n’est pas dans la culture de la CGT, et trouver une femme pour la diriger, car cela semble difficile pour l’image de la centrale. qui, encore une fois, fait marche arrière sur cette question.
Le feuilleton n’est donc pas terminé. Prochaine échéance : mi-juillet, date de clôture de la liste des candidats au directoire, dont le futur secrétaire général. Puis fin août le dépôt des candidatures au CCN.