Faut-il encore augmenter le budget de la défense après la guerre en Ukraine ? C’est ce que veulent le Premier ministre Alexander de Croo et l’amiral en chef Michel Hofman. Les écologistes continuent de s’y opposer.
Le totem 2%.
Oui, la tension monte au sein de Vivaldi sur ce dossier. Fin juin, le Premier ministre veut pouvoir se rendre à Madrid, lors du sommet de l’Otan, pour annoncer que la Belgique respectera enfin l’objectif fixé par l’Otan d’allouer 2% du PIB à la défense. Juste pour vous donner une idée, nous sommes actuellement à un peu plus de 1 %, soit 4,2 milliards d’euros par an.
Le gouvernement ukrainien d’avant-guerre avait déjà décidé de l’augmenter parce que nous étions vraiment en retard sur nos alliés. C’est une rupture avec le passé puisque depuis 1989, le budget de la défense n’a cessé de baisser. A chaque budget, l’armée était balayée.
La guerre en Ukraine a impulsé cette dynamique. Le gouvernement a promis de porter ce budget à 1,5 % du PIB, soit environ 6,8 milliards d’euros d’ici 2030. Atteindre 2 %, c’est ajouter environ 2,5 milliards d’euros pour atteindre environ 9 milliards d’euros. En termes simples, cela double presque le budget de la défense à long terme.
Jean Marc Nollet, Monsieur “non”
Les écologistes s’y opposent. Jean Marc Nollet l’a dit haut et fort dans une interview. Il explique avoir d’autres priorités, pour le pouvoir d’achat, pour la transition énergétique. En effet, cette augmentation du crédit réduit les moyens mobilisables pour les politiques climatiques. Mais, surtout, il va à l’encontre d’une partie de l’électorat vert historique des mouvements pacifistes des années 1980 (au moment de la crise des euromissiles, ces missiles nucléaires que l’OTAN a installés en Europe pour contrer l’Union soviétique).
Participer à la remilitarisation du pays serait une nouvelle rupture pour les Verts avec leurs racines. Si l’on tient compte du fait qu’Ecolo a déjà dû aller à l’encontre de la volonté de l’électorat historique constitué d’opposants au nucléaire civil dans le dossier de l’expansion des réacteurs nucléaires, c’est beaucoup.
Le « réalisme » des verts allemands
Pourtant, le réarmement massif est ce que les Verts ont décidé en Allemagne. Le mot historique n’est pas du tout exagéré. Après des semaines de pourparlers, la coalition au pouvoir à Berlin (Sociaux-démocrates, Verts et Libéraux) s’est alliée à l’opposition, les conservateurs de l’ancienne chancelière Angela Merkel pour pousser le budget militaire à 100 milliards d’euros pour atteindre ces fameux 2 % du PIB.
Pour y parvenir, l’Allemagne a dû modifier sa constitution pour y inclure sa fameuse règle d’or budgétaire, qui limite l’endettement. Ni la menace de voir la zone euro éclater, ni l’urgence climatique, ni le Covid n’avaient réussi à détourner l’Allemagne de cette règle d’or. La guerre est arrivée : l’Allemagne échappe à son dogme de limitation de la dette. Les écologistes allemands avec la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock font partie de la décision.
La « naïveté » des verts belges
La position des écologistes belges a rapidement été jugée naïve par certains. Mais ce reproche ne peut pas être adressé qu’aux seuls verts. D’un certain point de vue, cette augmentation du crédit à 2% est aussi naïve. Si on regarde la valeur absolue, les Européens ont dépensé 232 milliards de dollars en 2020 pour leur défense en 2020.
La Russie a dépensé 66 milliards de dollars. C’est 4 fois moins. Il est clair que la question des dépenses ne se réduit pas à une opposition entre « naïf » et « réaliste ». Parce que la position “réaliste” inclut un élément d’ingéniosité.
Comment un « réaliste » peut-il expliquer que l’essentiel est de dépenser plus alors que l’Europe dépense 4 fois plus que la Russie mais considère sa défense comme inefficace ? Comment un « réaliste » peut-il penser qu’il vaut la peine de dépenser plus alors que notre industrie de la défense est faible et fortement dépendante des Américains ? Dépenser plus et ne pas s’attaquer à ces problèmes est une naïveté aussi déroutante que celle qui a conduit au désinvestissement des forces armées du pays.