Les usines de semi-conducteurs, plutôt appelées “fab”, ne sont pas très rassurantes, avec leurs salles blanches où des hommes vêtus de salopettes, également blanches, et avec masques et lunettes, produisent l’une des ressources les plus précieuses au monde. Ils valent, selon la taille, entre 3 et 10 milliards d’euros. On comprend pourquoi le numéro cinq mondial du secteur, Broadcom Inc., a pu annoncer jeudi 26 mai l’acquisition de l’éditeur de logiciels et d’informatique à distance (cloud) VMware pour 61 milliards de dollars (57 milliards d’euros). même dans un environnement où les actions technologiques font des ravages sur le marché boursier.
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En cas de succès, l’opération sera la plus importante de l’année, après l’annonce du rachat par Microsoft d’Activision Blizzard en janvier pour 67 milliards de dollars. Pas étonnant au milieu de Big Tech. Le PDG de Broadcom, Hock E. Tan, est connu pour son appétit insatiable depuis que sa société Avago Technologies a repris le groupe de puces en 2016. Un an plus tard, il tentait d’avaler son rival Qualcomm, un deal de 130 000 millions de dollars bloqué par Donald Trump, qui a vu comme une attaque contre la sécurité américaine en raison de l’installation du siège social d’Avago à Singapour.
Broadcom a son siège social à San Jose, en Californie. Et le rachat de VMware, une ancienne division de Dell Technologies détenue à 40 % par Michael Dell, n’a pas le même sens que « l’opération Qualcomm ». Il ne compte pas en faire le grand rival de l’américain Intel ou du taïwanais TSMC dans les puces, mais de diversifier les offres aux entreprises (puces, logiciels, virtualisation, cloud, etc.) et de le faire, selon M. Donc, “leader en infrastructure technologique”.
A marche forcée
Ce n’est pas leur première diversification : en 2018, le groupe a mis la main sur CA Technologies pour 19 milliards de dollars ; et en 2019, dans la division de sécurité d’entreprise du groupe de sécurité informatique Symantec pour près de 11 milliards. Un homme observe le mouvement de près : Pat Gelsinger. Ancien PDG de VMware et aujourd’hui PDG d’Intel, il a prévenu sur la chaîne américaine CNBC qu’il s’agirait “d’un accord purement financier”. Avant d’ajouter : « Pourquoi pas, si cela permet un cycle dynamique d’innovation. Mais certains analystes du secteur n’ont pas trouvé ces innovations dans la diversification de Broadcom.
La transformation forcée et la dimension très capitalistique de l’activité des fabricants de puces (chip makers) poussent à la consolidation dans un marché en pleine expansion. Présentes partout (voitures, smartphones, ordinateurs, consoles, machines industrielles, etc.), les “puces” ont généré 556 milliards de dollars de ventes en 2021 (+ 26 % en un an), et ce montant devrait doubler d’ici 2030, estiment les constructeurs.
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