Publié le : 07/07/2022 – 00:41Modifié le : 07/07/2022 – 00:50
Alors que Kinshasa et Kigali s’affrontent, les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame entament un “processus de désescalade”. Le président angolais João Lourenço, organisateur d’un sommet tripartite à Luanda, a annoncé mercredi 6 juillet que les deux chefs d’Etat étaient parvenus à un accord de cessez-le-feu. Cela pourrait apaiser les tensions au Nord-Kivu, en proie à la violence du conflit entre les armées congolaises et les rebelles du M23.
Les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi ont décidé d’un cessez-le-feu immédiat, selon le président angolais João Lourenço. Pour rassurer leur respect, un mécanisme d’observation ad hoc sera mis en place, dirigé par un officier angolais.
Cela viendra s’ajouter au mécanisme de vérification conjoint élargi de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), dont l’efficacité est remise en question par les deux parties.
Cependant, le chemin de l’escalade sera long et progressif, tempère une source à la présidence congolaise, selon notre correspondant à Kalemie, Patient Ligodi.
Elle se fera principalement par le canal de la commission mixte RDC-Rwanda dans le but de restaurer la confiance entre les deux pays. Dans sa configuration précédente, ce cadre désormais inactif permettait aux délégués des deux pays de discuter de diverses questions bilatérales, telles que la sécurité, le commerce et la migration.
Le document n’a pas été rendu public mais, selon la présidence congolaise, les parties ont décidé d’adopter un “processus de désescalade”. Selon Kinshasa, cette feuille de route note la “volonté de normaliser les relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali” et prévoit “la cessation immédiate des hostilités”, “le retrait immédiat et inconditionnel du M23 de ses positions au Congo”. Mais le groupe rebelle n’était pas officiellement représenté à la table de discussion. Et il a également déclaré que ce cessez-le-feu ne le compromettait pas par la voix de son porte-parole Willy Ngoma.
Dans leurs discussions de mercredi, les trois chefs d’Etat ont non seulement évoqué le M23, mais aussi l’exploitation des ressources minérales de la RDC. Le document précise également que “toute exploitation des ressources naturelles doit se faire dans le strict respect de la souveraineté des Etats”.
“Petit pas”, mais les problèmes de fond sont loin d’être résolus
Ces deux questions, le retrait du M23 et les ressources naturelles, n’apparaissent pas au contraire dans le résumé fait par Kigali. L’attaché de presse de la présidence rwandaise s’exprime sur Twitter. Points clés pour le Rwanda : la défaite d’un autre mouvement rebelle, les FDLR, et ses affiliés accusés de pratiques génocidaires par Kigali et bénéficiant du soutien de l’armée congolaise.
Autres éléments proposés par la présidence rwandaise et qui figureraient dans la feuille de route : la question du retour des réfugiés et la lutte contre les discours de haine anti-rwandais. Mais avant que tous ces objectifs ne soient atteints, il ne fait aucun doute que cela prendra du temps. « Cette rencontre est un pas en avant, même à petits pas », confie un participant.
Car les problèmes de fond sont loin d’être résolus. Kinshasa espérait que Kigali reconnaîtrait, par exemple, son soutien au M23. En tout cas, sur le terrain, les affrontements se poursuivent avec, encore lundi, des affrontements entre rebelles et armée congolaise au Nord-Kivu.
Les autorités congolaises et rwandaises poursuivront les échanges le 12 juillet, toujours à Luanda, dont le gouvernement reste donc le médiateur de la crise. Pendant ce temps, Kinshasa attend toujours le retrait des combattants du M23 des positions nouvellement conquises, comme la ville frontalière de Bunagana.
“Nous espérons que cette fois, chaque pays, en particulier le Rwanda, honorera ses engagements en faveur d’une paix durable” dans la région, déclare Erik Nyindu, directeur de la communication de la présidence congolaise.
Sébastien Németh
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