« Un refus d’obtempérer toutes les 20 minutes » ? D’où vient ce chiffre exagéré ?

Patrick Aventurier / Getty Images Selon les syndicats de police, en France il y a “un refus d’obtempérer toutes les 20 minutes dans le pays”. Un chiffre assez exagéré (photo d’illustration prise lors d’un contrôle de certification lors du premier confinement, en avril 2020, autour de Nîmes).

POLICE – C’est un slogan qui accompagne toutes les affaires du genre. Après la fusillade meurtrière au Pont-Neuf fin avril, après la mort d’un motard à Marseille en août 2021 ou celle d’un chauffeur routier à Montauban l’année précédente, et bien sûr depuis la fusillade contre une voiture à Barbès début juin , qui a coûté la vie à un passager, le chiffre est sans cesse répété : il y aurait “un refus d’obtempérer en France toutes les 15 ou 20 minutes”.

Ce lundi 6 juin, les syndicats aussi martèlent à souhait. Le SCSI (Syndicat des cadres de la sécurité intérieure) appelle à un “grand plan d’action” contre un “maigre” qui toucherait la France plus que ses voisins, le secrétaire général d’Unité-SGP réclame une présomption d’innocence pour les policiers qui sont des victimes, et leurs homologues des commissaires du SICP exigent que « les voyous qui veulent envoyer nos camarades dans des cercueils » soient sévèrement condamnés.

Gérald Darmanin a également évoqué un chiffre similaire depuis qu’il est devenu ministre de l’Intérieur. A l’automne 2020, après la mort d’un policier tué par un chauffard au Mans, il évoquait un refus toutes les 30 minutes. Fin 2021, il l’a répété pour défendre l’action du gouvernement, comme vous pouvez le voir ci-dessous. Dans le même temps, le Premier ministre de l’époque, Jean Castex, l’a cité comme un “refus de se conformer toutes les 30 minutes” pour justifier des sanctions plus sévères pour de tels crimes.

Mais d’où vient ce chiffre ? Il est apparu en 2019 après la publication du rapport annuel de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, comme le rapportent nos confrères de BFMTV dans ce rapport.

Des points négatifs à respecter, mais pas que…

Le rapport indique en fait qu’en 2019, il y a eu 29 485 crimes d ‘«entrave au contrôle des forces de l’ordre», et quelques dizaines de plus l’année précédente, avec une augmentation significative par rapport à l’année de référence précédente, 2014. Si nous rapportons ce chiffre à la nombre de minutes dans un an, on atteint 17,8, soit ce “refus de se conformer toutes les 15 ou 20 minutes” en France.

Sauf qu’il y a un piège. Si parmi ces délits qui empêchent le contrôle des forces de l’ordre, l’Observatoire compte bien les refus d’obtempérer, ce n’est pas seulement celui de la catégorie statistique. Cela comprend également “collision et fuite, refus de vérifier l’état d’alcool ou utilisation de dispositifs perturbateurs d’instruments de police”.

Cependant, et c’est ce qui est intéressant, ces délits sont bien plus répandus et fréquents que le refus d’obtempérer. Selon le code de la route, ce dernier est défini comme suit : « Le fait, pour tout conducteur, d’omettre une sommation d’arrêt délivrée par un fonctionnaire ou agent chargé de constater les infractions et muni des insignes extérieurs et visibles de sa qualité. ”

Mais la collision peut consister en une simple collision avec un rétroviseur dans un parking sans s’arrêter, par exemple, car il suffit à l’occupant de n’importe quel véhicule de “savoir qu’il a une cause juste ou a causé un accident, n’a pas ne s’est pas arrêté et a ainsi tenté d’échapper à la responsabilité pénale ou civile qu’il aurait pu encourir.» Voilà de quoi décrire la réitération du «refus d’obtempérer» répété par des représentants de la police et des responsables politiques.

En tout cas, le précédent gouvernement (avec Gérald Darmanin déjà au ministère de l’Intérieur) a déjà pris des mesures pour sanctionner plus sévèrement les refus d’obtempérer. En mai 2021, sur le plateau de France 2, le Premier ministre Jean Castex annonçait que “le doublement de la peine de prison (un à deux ans, ndlr) et la suspension de plein droit du permis de conduire” des auteurs de ces refus, ou la saisie du véhicule pour les personnes conduisant sans permis ou avec un permis suspendu. Une évolution visiblement insuffisante aux yeux des syndicats de police.

À lire aussi HuffPost : “On a évité la mort”, Gérald Darmanin félicite la direction de Didier Lallement malgré l’échec du Stade de France

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *