Epuisés, amaigris, découragés… Plus de 230 personnes ont quitté la communauté Parole de Vie au cours des trente dernières années. Vendredi 24 juin, le cardinal Jozef De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles, a mis fin à l’aventure spirituelle de cette nouvelle communauté créée en 1986.
C’est la stupeur et le désespoir qui dominent la centaine de membres qui pensaient encore pouvoir sauver la maison. Mons. François Touvet, évêque de Châlons-en-Champagne, dont dépend territorialement la maison mère Notre-Dame-de-Vive-Fontaine d’Andecy (Marne), a été nommé administrateur de la communauté jusqu’à sa dissolution effective le 1er juillet 2023. .
Ni les moyens ni la volonté de se réinventer
Avec ses vêtements bleu clair, son scapulaire tournant lors des belles cérémonies, la façade faisait encore illusion. Mais dès le début de la Parole de Vie, la vie communautaire était défaillante. “Calomnie” et “suspicion” ont pris la place de la conversation, quand il ne s’agissait pas d'”adhésion” et d'”humiliations”. En 2019 de nouveaux statuts ont été signés par le cardinal De Kesel, évêque garant de l’association privée des fidèles, un nouveau modérateur a été choisi. Deux ans plus tard, il démissionne.
De janvier à avril 2022, une visite canonique a écouté environ 200 personnes, anciens de la communauté, prêtres et personnes consacrées, amis… Le constat, renforcé par un rapport de l’association des psychologues AP21, était peu attirant : la Parole de Vie n’a pas d’avenir.
Méthodes dégradantes
A l’annonce, samedi 25 juin, de la dissolution, il est “stupide” par la centaine de membres de la communauté, dont 39 “résidentiels” (27 sœurs, un couple, deux célibataires et huit frères). « Arabie », « déni », « soulagement », « incompréhension » : « Cette décision est dure mais nécessaire. Après la visite canonique, nous n’imaginions pas une issue aussi radicale », avoue sœur Marie-Laure, conseillère sortante, lors d’une conférence de presse organisée le lundi 27 juin par Mgr Touvet.
Cependant, les alertes n’avaient pas échoué. Fondée par une femme célibataire et trois couples, la communauté tombe rapidement sous la coupe de Marie-Josette et Georges Bonneval, qui obtiennent les pleins pouvoirs. Son successeur sera également dénoncé pour ses méthodes dégradantes, profitant de l’absence de règles de vie en réunissant dans une étrange confusion, sœurs, prêtres, laïcs, familles.
Hémorragie de force vitale
Et si les séances de la Parole de Vie ont connu un certain succès, les souffrances ont aggravé la communauté : manque de formation, abus spirituel, violation du secret de la confession… Quand il ne s’agissait pas d’agressions sexuelles c’est à blâmer le prêtre accompagnateur, Jacques Marin, décédé en 2019.
En 2003, une visite canonique voulue par Mons. Charrier, évêque de Tulle, soulignait de graves dysfonctionnements. Mais rien n’a été fait. En 2011, plusieurs membres ont alerté – sans effet – des mondes. Léonard, archevêque de Bruxelles, alors que l’hémorragie des forces vives s’accélérait. “C’est la fin d’une vie donnée à la communauté, ce gâchis aurait pu être évité”, souligne le frère Philippe-Jacques, membre du conseil d’administration, qui dénonce “des comportements toxiques et immatures”. Alors que Mons. Touvet reconnaît les « échecs » de l’Église : il a fallu vingt ans pour passer à l’action.
Dette et soutien
Toutes les sessions programmées ont déjà été annulées. Il reste des problèmes matériels à résoudre, pour vendre les actifs, pour actualiser les cotisations sociales. Selon nos informations, la dette auprès de la Cavimac (sécurité sociale de la secte) s’élève à plus d’un million d’euros.
Mais surtout, l’évêque de Champagne porte une attention particulière à l’accompagnement psychique et spirituel des habitants qui vont se disperser cet été : “Je veux profiter de cette épreuve pour trouver un chemin de renouveau et d’apaisement après le séisme de cet été. C’est justifié, ça fait mal, mais ça fera du bien à l’Église et aux autres communautés qui pourront revoir leur façon de proposer la vie religieuse. »