Yaël Braun-Pivet sera bientôt la première présidente de l’Assemblée : 5 choses à savoir

Benoit Tessier via ReutersYaël Braun-Pivet, devant Matignon le 21 juin 2022. REUTERS/Benoit Tessier

POLITIQUE – Un roman en politique il y a cinq ans, Yaël Braun-Pivet, 51 ans, est la grande favorite pour devenir la première femme présidente de l’Assemblée nationale ce mardi 28 juin. Désigné par le groupe Renaissance (ex-LREM) pour être candidat au poste, l’éphémère ministre de l’outre-mer succèdera à Richard Ferrand, défait aux législatives du 19 juin, lors d’un vote organisé à l’hémicycle.

Dans l’opposition, les élus ont déclaré, après la perte de la majorité absolue aux législatives : « Il faut travailler ensemble, il faut chercher des majorités d’idées. […]. Nous sommes tous responsables de cette action collectivement.” Face à une chambre sans majorité absolue, son rôle sera déterminant dans les mois à venir.

Ce descendant de « l’immigration slave, juive polonaise et juive allemande, avec des grands-parents entrant en France avec des visas de tourisme » dans les années 1930, préfère les débats internes à la lutte publique pour les armes. Si ses qualités humaines – “chaleureuses”, “sans torsion” – sont les bienvenues, on lui reproche parfois d’être trop “sympathique”. “Ce n’est pas mon être ennuyeux et autoritaire”, répond Yaël Braun-Pivet.

  • Problème de la société civile

Yaël Braun-Pivet est avocate pénaliste de formation. Mais cette nounou de Nancy a suspendu sa “vocation” pour suivre son mari, cadre chez L’Oréal, sept ans à Taïwan et au Japon, et élever ses cinq enfants. A son retour, il s’associe aux Restos du Coeur, créant des consultations gratuites d’avocats et un centre d’accueil dans les Yvelines.

En 2017, il rejoint En Marche, après avoir « toujours voté PS ». C’est une “extension”, explique-t-il aujourd’hui, qui lui permet d’être “en action sans rester dans des postures”.

  • Président de la commission des lois

Elue députée des Yvelines, elle est élue présidente de la commission des lois. Cette fonction, qu’il occupera pendant cinq ans, fait de lui une figure incontournable du Palais Bourbon. “J’ai tenu la barre face aux crises, du terrorisme à la pandémie”, plaident les sujets de sa commission. Et aussi aux critiques de son “amateur”, venant de l’opposition mais aussi des élus de la majorité.

Il vante aujourd’hui sa “nouvelle méthode de travail, faite d’écoute” et de “co-construction”, également avec opposition, qui a été appréciée. Les femmes « doivent réussir en politique sans imiter ni s’adapter à un modèle masculin », a déclaré la juge Yaël Braun-Pivet. Désormais face à l’actuelle élue RN et LFI, “il nous faut quelqu’un de stable et d’expérimenté, avec le sens du partage”, estime une ministre qui la soutient.

  • Dans le tumulte de l’affaire Benalla

Yaël Braun-Pivet n’a pas été épargné par l’affaire Benalla. A l’été 2018, la commission d’enquête de l’ancien collaborateur du président, dont il est co-fondateur, éclate, après le retrait de l’opposition. Plusieurs députés accusent Yael Braun-Pivet de “protéger” l’Elysée, le rebelle Alexis Corbiere l’appelle “Benalla de l’Assemblée nationale”. Visant les menaces antisémites et les insultes sexistes sur les réseaux sociaux, Yaël Braun-Pivet dira quelques mois plus tard que sa “position était intenable depuis le début”.

Ces critiques ne l’empêchent pas de chercher le cintre quelques mois plus tard. Elle envisage de poursuivre Richard Ferrand qui “n’incarne pas le renouveau”, a-t-elle dit. Avant de changer d’avis et de retirer sa candidature. Quatre ans plus tard, « elle se venge », confie une source gouvernementale.

  • Ministre de l’outre-mer à court terme

Habituée de la chambre, Yaël Braun-Pivet l’a quitté brièvement pour entrer au gouvernement Borne. Nommée ministre des Outre-mer fin mai, elle n’a passé qu’un mois et cinq jours rue Oudinot. Juste le temps de faire un voyage en Guadeloupe pour demander à “regarder en face” l’histoire de l’esclavage. Il a quitté le gouvernement samedi, provoquant la colère de plusieurs élus de ces territoires.

  • Pour l’euthanasie mais contre l’avortement dans la Constitution (en 2018)

Yaël Braun-Pivet s’était fortement engagée l’an dernier en faveur du projet de loi d’Olivier Falorni autorisant l’euthanasie. Il visait également à faire avancer le renouveau de la vie démocratique.

Son refus, en 2018, d’inscrire le droit à l’avortement dans le préambule de la Constitution l’a mise au courant durant le week-end, suite à l’annonce d’un projet de loi par la majorité en réponse à la question du report du droit à l’avortement dans le États-Unis. “Il n’y a pas lieu de brandir des peurs” en France, assurait-il alors. Ses propos ont été largement relayés par LFI ces derniers jours, dénonçant un investissement majoritaire… Première escarmouche avant même son accès à un poste par nature exposé.

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